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Catégorie : Actualité du Pôle

Rencontre avec Viviane BERREUR, chargée de l’antenne et de la programmation musicale de Radio Campus Orléans

Rencontre avec Viviane BERREUR, chargée de l’antenne et de la programmation musicale de Radio Campus Orléans

par Laure Clarenc - le 14/12/2021

Dans l'objectif de mettre en lumière ses adhérent·es et de favoriser les échanges, la Fraca-Ma continue ses interviews. Pour ce nouvel épisode, nous avons discuté avec Viviane BERREUR, chargée de l’antenne et de la programmation musicale de Radio Campus Orléans.

> Bonjour Viviane, tu travailles pour Radio Campus Orléans, peux-tu nous expliquer quel est ton rôle au sein de la radio ?

Je suis chargée de l’antenne et de la programmation musicale : je veille à la qualité technique des programmes, à la cohérence de la diffusion des programmes, au respect des obligations juridiques, je forme les nouveaux bénévoles et je gère les programmes enregistrés, comme les fils musicaux, pour lesquels je choisis les musiques qui passent. Et je m’occupe du site web de la radio.

> Quel est ton parcours professionnel ? Comment es-tu arrivée à la radio et puis à Radio Campus Orléans par la suite ?

Je suis arrivée à Radio Campus pendant mes études de LEA à l’Université d’Orléans, j’étais bénévole, je faisais une émission et de la programmation musicale. J’ai rejoint l’équipe salariée à la fin de mes études, en 2004. J’ai fait des petits boulots, des remplacements, j’ai été professeure d’anglais mais je voulais, par dessus tout, travailler en radio, ou au moins dans la musique ou la culture. Un poste s’est libéré à RCO, j’ai donc sauté sur l’occasion. Depuis, je n’ai pas eu envie de partir, je suis littéralement passionnée par ce que je fais.

> Comment gères-tu la programmation de la radio ? Quelles sont tes sources pour découvrir de nouveaux morceaux ? Quel type de programmation souhaites-tu partager chez RCO ?

La programmation que je réalise pour RCO est diversifiée, audacieuse, défricheuse. J’essaye de sélectionner le meilleur et le nouveau dans tous les styles. J’ai une oreille plus qu’attentive aux nouvelles créations des artistes de la région. RCO est une radio musicale, c’est donc important de cultiver cette forte identité, ce qui fait que les auditeurs aiment cette radio.
En dehors des émissions réalisées en direct par les animateurs et djs bénévoles, émissions dont la programmation est libre, il y a différents fils musicaux qui constituent la programmation musicale de la radio. En fonction des heures de la journée, plusieurs styles sont proposés et la diversité est le maître mot ! Radio Campus diffuse des nouveautés de 7h à 19h, et des titres plus anciens le reste du temps, dans tous les styles : musiques électroniques, pop, français, rock, punk/hardcore, musiques du monde, funk, jazz, expérimental, français, rap, groove…Je gère ces fils musicaux grâce à un automate de diffusion. Les artistes, attachés de presse, labels et structures de promotion m’envoient des morceaux à diffuser, je découvre aussi de nombreux artistes sur Bandcamp, j’écoute les émissions musicales des radios campus, des radios Ferarock, des webradios, des radios étrangères, djs sets…pour découvrir de nouveaux morceaux.

> Les femmes restent encore sous représentées à la radio, même si les chiffres semblent s'améliorer. Quel regard portes-tu sur ce sujet ?

En 2020, la part des femmes présentes à l’antenne est de 39% en radio (Rapport de l’Observatoire de la Diversité - CSA - 2021). À présence égale, elles s’expriment moins que les hommes, (temps de parole de 35%, selon le même rapport). Radio France s’est engagée pour l’égalité professionnelle homme-femme, et à lutter contre les discriminations liées au sexe en 2018 : Radio France doit être, selon l’accord passé avec les organisations syndicales,  « un modèle de mixité qui recouvre tant la diversité que la parité ». Sur le papier ça fait rêver, dans les faits les programmateurs des radios musicales du groupe Radio France sont tous des hommes. Dans les radios associatives, les femmes occupent 40% des emplois; elles sont majoritaires dans la filière administrative et dans la filière commerciale; elles sont nombreuses aussi parmi les journalistes (26% des femmes employées dans la branche) selon le Rapport de branche des radios privées (2018). Donc peu de femmes accèdent à des postes de direction d’antenne, de programmation musicale, des postes où les compétences techniques comme les connaissances musicales sont recherchées. J’ai un regard plutôt désabusé sur la situation. J’attends, je suis impatiente, et depuis quelques temps je suis même en colère. J’aimerais être plus optimiste et penser que ces constats peuvent évoluer, que la prise de conscience de la nécessité urgente d’un changement fait chemin, tant du côté de la représentation des femmes à l’antenne, de l’expression des femmes à la radio (notamment des femmes politiques et des musiciennes), qu’au niveau de l’égalité des chances dans l’accès à l’emploi « musical ». Il y a quelques semaines encore, dans un festival, un homme qui travaille à la direction d’une radio m’a dit que ce n’était pas un truc de filles, la musique, et que les femmes s’intéressaient à autre chose dans les radios (pour plaisanter sûrement)…!

> Tu es mentore pour le dispositif de mentorat féminin Affranchies. Peux-tu nous expliquer ce qui t'a poussé à postuler et ce que tu retires de cette expérience ?


Ce qui m’a poussée à postuler, c’est justement cette colère, due au fait qu’on soit loin de l’égalité professionnelle dans notre secteur Musiques Actuelles et que les femmes qui travaillent dans ce secteur remettent beaucoup en question leur légitimité, leurs compétences, leurs capacités du fait de ces inégalités. Nous sommes constamment dans la culpabilité, souvent avec le poids de la charge mentale familiale. À ce titre, j’ai voulu postuler à ce programme pour partager avec d’autres femmes ces constats et pouvoir trouver des solutions ensemble, pour nous qui sommes « installées » dans ce secteur, mais aussi pour celles qui sont encore en recherche d’emploi.  
Ce que je retire de cette expérience, c’est la ferveur et la passion que nous mettons toutes dans notre travail, malgré les difficultés rencontrées; c’est aussi le partage d’expérience, dont nous avons toutes besoin, qui permet de sortir de l’isolement et qui nourrit le programme de mentorat.

> Que dirais-tu à une femme qui souhaite faire de la radio mais qui n'ose pas se lancer ?

« Vas-y, monte le son, impose ton style ! » C’est en laissant s’exprimer sa créativité qu’on prend confiance. La radio est un formidable outil d’apprentissage, d’expression, de sociabilisation : on peut y faire plein de choses différentes.

> À côté de la radio, tu es DJ. Peux-tu nous expliquer comment tu t'es lancée ? Et ce qui t'a donné envie de te lancer ?

Faire une émission de radio, passer des disques et être dj c’est techniquement la même chose, donc je me suis lancée assez vite, dans les années 2000. Karl qui était programmateur à l’époque, m’avait prêté des vinyles d’afrobeat et m’a invitée à les passer pendant une soirée pour la Fête de la musique, c’était plutôt cool de voir la réaction du public qui dansait sur ce qu’on passait. Ensuite, dès que j’en ai eu l’occasion, j’ai mixé, soit à la radio, soit en soirée dans les bars, au 108 ou à l’Astrolabe, en essayant de parfaire ma technique ! J’adore ça, faire des sélections et les jouer, dans tous les styles hip hop, afro, latin, rock, funk, disco, groove, electro, techno…pour passer de bons moments avec les copains et les copines !

> La société actuelle traverse de nombreuses crises, notamment une crise sanitaire qui dure. Quel serait l'après-crise idéal pour toi ?

Pour l’après crise Covid, l’idéal serait de retrouver la liberté qu’on pouvait avoir avant, sans les couvre-feux, les jauges limitées, l’interdiction de danser. Qu’on soit libres, mais moins insouciants…

 

La playlsit du moment de Viviane BERREUR

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