Département : Indre (36)

Catégorie : Actualité du Pôle

Rencontre avec Emmanuel LEBRUN, chargé de production chez LyloProd

Rencontre avec Emmanuel LEBRUN, chargé de production chez LyloProd

par Laure Clarenc - le 05/10/2021

Dans l'objectif de mettre en lumière ses adhérent·es et de favoriser les échanges, la Fraca-Ma continue ses interviews. Pour ce nouvel épisode, nous avons discuté avec Emmanuel LEBRUN, chargé de production chez LyloProd, structure de production, de management et d'administration basée à la fois sur Châteauroux, dans l'Indre (36) et sur Tours, en Indre-et-Loire (37).

> Bonjour Emmanuel ! LyloProd est structure basée dans l'Indre, qui travaille dans la production et le management d'artistes ainsi que dans l'administration du spectacle. Peux-tu nous parler de la création de la structure et nous faire un petit historique ?

LyloProd est une association ayant émané de Caïman, qui était la Fédération départementale des Musiques Actuelles sur l'Indre. Au bout de 18 ans, la structure ne fédérait plus réellement. Il y avait un problème de renouvellement de gouvernance. Mais pour subsister un peu, Caïman a créé une activité d'administration du spectacle qui proposait de l'externalisation de paies pour les petites structures et les compagnies, du portage, de la structuration administrative. Caïman pouvait également jouer le rôle d'employeur pour des dates de concerts (gestion salariale, aide pour les déclarations...). Mais cette activité, qui prenait de plus en plus d'ampleur, n'avait rien à faire dans une fédération donc Sandrine Gabillet, ma collègue, a créé une nouvelle structure, dans laquelle je suis arrivé en 2017. Elle m'a laissé le champ libre dans mes activités et petit à petit, nous nous sommes rendu·es compte que nous voulions mener davantage de projets avec certain·es artistes et pas uniquement être administrateur·rice de leurs dates. En lien avec le Propul'Son départemental, nous avons commencé à prolonger l'accompagnement sur des groupes de l'Indre, notamment avec Synapz, jusqu'à ce que nous rencontrions trois autres groupes dont Grande, pour lequel nous avons eu un vrai coup de coeur. Et à partir de ce moment-là, nous nous sommes dit que nous allions tout cumuler de front et que nous apprendrions ce qu'il faut apprendre.

> Tu es chargé de production chez LyloProd. Peux-tu nous parler de ton parcours dans les musiques actuelles puis au sein de la structure ?

J'ai 29 ans et ça fait 4 ans et demi que je travaille chez LyloProd. Avant cela, j'ai fait beaucoup de bénévolat notamment dans l'organisation d'événements, de petits festivals, aussi bien à la faculté qu'en milieu rural, dans le 49 et dans les Pays de la Loire. Je suis bénévole depuis une dizaine d'années aux Z'éclectiques, à Angers et Cholet. En ce qui concerne mes études, j'ai fait une licence professionnelle Administration du Spectacle et Management des Entreprises Culturelles à Angers et j'ai fait mon stage aux 3 Éléphants, à Laval. Puis, en Mayenne, avec des copains, nous avons créé l'association T-Paze pour faire des concerts. Je ne suis plus dans cette association mais elle existe toujours. Par la suite, j'ai commencé à être salarié dans le milieu du spectacle et j'ai travaillé dans la diffusion pour une compagnie de théâtre. Cette expérience m'a permis de comprendre que le booking n'était pas fait pour moi. Je me suis remis en question et je me suis donné une période assez concise pour retrouver du travail dans la culture. Puis j'ai découvert le site Métiers Culture en Région Centre-Val de Loire début 2017. J'ai vu une offre à Châteauroux pour la Fédération Caïman, j'ai postulé et j'ai été pris. Je suis arrivé à Châteauroux en mai 2017. Je me suis familiarisé concrètement avec l'administration du spectacle sur laquelle je me suis formé : régime intermittent, déclaration paie du spectacle, contractualisation, facturation, législation... À partir de 2018, j'ai repris le Propul'Son avec mon collègue Sylvain Fras et nous avons fait de l'accompagnement d'artiste. Dans ce cadre, je me suis familiarisé avec la résidence, la production scénique, les besoins d'un groupe émergent sur un territoire. À cette période, nous accompagnions 4 artistes et groupes : Grande, Synapz, First Draft et LVOE. Nous avons accompagné ces 4 groupes sur le long terme, en étant à la fois producteur, manageur... Nous faisions énormément de choses. Tout se passait bien. À partir du Printemps de Bourges 2019 et avec le groupe Grande, nous avons débuté le management d'artiste. Nous avons été accompagné par la Fraca-Ma et son dispositif SODA, destiné à aider les jeunes structures de développement d'artistes. J'ai fait partie des premières promotions du SODA, avec Thomas MANCEAU et Gaëtan TERTRIN de Konsato, Anaïs RAMBAUD de Yanaï Lab, Éloïse CADIOU d'ECB... Lors de ce Printemps de Bourges 2019, le tourneur Les Tontons Tourneurs s'est positionné sur Grande, ce qui nous a permis de nous questionner. Nous avions trois possibilités : devenir bookeur, évoluer en tant qu'éditeur pour gérer les droits et éventuellement faire un peu de phono, ou alors prendre le management, nous effacer au profit de structures qui savaient faire et rester au milieu de tout cela avec l'artiste. Nous avons fait ce choix. Nous avons proposé à Grande de basculer en management en 2019 et ils ont accepté. Depuis cette période, nous sommes manageurs de Grande, First Draft et un nouveau groupe qui s'appelle Back and Forth. Notre objectif est de trouver un entourage pour chaque étape de développement des projets : trouver un label pour le disque, un·e éditeur·rice pour les droits des oeuvres, un tourneur pour leurs concerts, un·e attachée de presse...

> LyloProd est basé à la fois à Châteauroux et à Tours. L'une des deux villes est plus dynamique que l'autre. Quel regard portes-tu sur ces disparités au sein de la scène musiques actuelles de la Région-Centre Val de Loire ? Est-ce difficile de travailler à la fois sur un département hyper actif et un autre un peu moins actif ? Est-ce que cela change ta façon de travailler ?

Quoiqu'il arrive, dans les deux territoires et plus globalement en Région, notre activité d'administration du spectacle est assez recherchée et fonctionne aussi bien dans l'Indre-et-Loire que dans l'Indre. En ce qui concerne l'accompagnement des artistes, la réflexion est identique. C'est un besoin rapidement identifié, d'où la mise en place des contrats de filière et des différents dispositifs d'accompagnement (SODA, Propul'Son...). Cependant, dans l'Indre, nous sommes assez vite devenu·es une structure par laquelle beaucoup de personnes passent. Nous sommes rapidement entré·es en coordination avec certains lieux, notamment via le dispositif Propul'Son. Nous collaborons notamment avec la Boîte à Musique à Issoudun, la MJC La Châtre, Equinoxe à Châteauroux... Alors que dans l'Indre-et-Loire nous sommes une structure parmi d'autres. Nous nous interdisons un peu plus de choses. Par exemple, il y a assez d'organisateur·rices de concerts dans l'Indre-et-Loire pour que nous ayons besoin d'y ajouter notre patte et je ne pense pas que nous le fassions aussi bien qu'elles·eux. Alors que dans l'Indre, nous nous permettons un peu plus de participer au développement du territoire. Il y aussi une forme de revanche à prendre sur Caïman. À travers l'accompagnement Propul'Son et le collège 36 nous essayons de re-fédérer ce qui subsiste sur le territoire. Parce qu'il y a d'excellents lieux et de très bonnes initiatives. Et le milieu rural est assez dynamique. Il y a beaucoup d'événements, d'initiatives dispersées sur le territoire et notre rôle est d'aller un peu partout. Mais globalement, il n'y a pas pléthore de différences dans notre façon de travailler selon le territoire et les disparités que nous pouvons constater. Si nous recherchons une résidence dans le 37 ou dans le 36, nous avons la même démarche. La grande différence est plutôt lié au fait que pour nous, il sera plus facile de faire descendre un groupe du 37 vers le 36 que de faire monter un groupe du 36 vers le 37. Et nous pouvons même inclure Orléans... Il y a une telle densité de groupes locaux que, par exemple, Le Temps Machine ou une association locale d'organisation de concerts comme Goat Cheese, Reverse Tape...aura suffisamment de dates à faire avec les groupes locaux alors que dans le 36, les structures vont programmer deux groupes territoriaux dans l'année et vont plus souvent faire venir des groupes de la région. J'aurais tendance à dire que dans le 36, local signifie régional alors dans le 37, local signifie 10 km.

> Au sein de LyloProd, comment choisissez-vous les artistes que vous accompagnez ?

Nous en accompagnons 3 en management : Back and Forth, First Draft et Grande. Nous accompagnons également Föze via le dispositif Propul'Son 36. Il y a aussi des projets que nous suivons administrativement et un peu plus si affinités, à l'image de Toukan Toukän, Ephèbe et ses projets annexes, Ultramoderne, Tigre Bleu, le projet solo de Laure de Toukan Toukän, un peu Thé Vanille, Chevalien... Quand nous avons choisi, en 2019, de rester dans le management d'artiste et de ne pas se lancer dans le booking ou dans l'édition, nous avons aussi choisi de régionaliser notre accompagnement. Nous apprécions l'idée d'accompagner des artistes régionaux et ainsi de participer au développement artistique de la Région Centre-Val de Loire, tout en ayant dans l'objectif de permettre à ces artistes de passer les frontières de la région. C'est donc notre premier critère de choix. Après, il y a évidemment le coup de coeur artistique. Nous essayons également de ne pas avoir deux groupes avec une similarité artistique. Par exemple, prendre deux groupes indie-rock n'est pas intéressant, il y a un risque qu'il y en ait un qui supplante l'autre. Le choix se fait aussi selon les qualités humaines. De plus, il faut que le projet soit dans une logique de professionnalisation. Si nous travaillons dans une résidence, il faut que les artistes puissent être disponibles sur toute la durée de cette résidence. Il faut qu'il y ait un réel investissement à long terme. Nous travaillons sur deux ans. Et nous ne faisons pas les choses à la place des artistes, nous faisons avec elles·eux. Pour terminer, nous faisons en fonction de la place et du temps que nous pouvons leur consacrer. Si nous y allons, ce n'est pas pour faire le travail qu'à moitié. En ce moment nous sommes 3 dans l'équipe et nous allons réfléchir à ce que Clément, notre dernier salarié arrivé au sein de la structure, a envie de faire. Est-ce que nous prenons 2 artistes ou 3 chacun...

> Un an et demi après la crise COVID, comment se passe la reprise chez LyloProd ? Et pour les artistes avec lesquel·les tu travailles ?

Pour commencer, nous ne sommes pas une structure en danger. Mais la crise nous a énormément permis de nous interroger sur beaucoup de sujets et notamment sur la question de l'isolement. Dans nos métiers, en musiques actuelles ou en spectacle vivant, nous sommes bien souvent des petites structures, avec peu de collègues, avec des lieux de travail assez dispersés et nous sommes beaucoup derrière un ordinateur. Donc il y avait un vrai risque d'isolement. Puis l'idée de salarier quelqu'un en plus a fait son chemin. Pour cela, nous avons été aidé·es par la Région et via les Cap'Asso. Nous avons fait une sorte de plan de relance interne à la structure. Cette embauche a vraiment redonné du souffle à LyloProd.
Au niveau de l'accompagnement des artistes, nous pensons que l'émergence va être durablement compliquée en France. L'émergence débute avec l'accompagnement local, en Région, et se poursuit jusqu'aux temps forts nationaux (Inouïs du Printemps de Bourges etc). Actuellement, tout ce prisme, avec les moments charnières, provoquent un gros entonnoir car ces dispositifs n'ont pas pu se dérouler complètement pendant 2 ans. Finalement, nous allons nous retrouver avec de nombreux artistes qui auraient un intérêt à être accompagné·es mais il n'y aura pas de place pour tout le monde. C'est pareil dans toute la culture, le cinéma... Les grosses promotions vont écraser les petites promotions. Il va y avoir énormément d'actualités, de sorties, de nouveaux concerts... Il faudra réussir à se faire une place dans tout cela et ce sera la grande difficulté. Mais il y a des inconvénients et des avantages. De fait, il y aura aussi plus de places pour les groupes et artistes français·es.

> Comment s'annonce le futur chez LyloProd ? De nouvelles envies, idées ?

Nous avons envie d'avoir nos propres fenêtres de diffusion en Région-Centre Val de Loire. Nous ne voulons pas être organisateur d'événements mais nous voulons bien co-organiser, faire avec d'autres personnes. Nous avons commencé sur l'Indre, puis nous avons eu nos premières dates avec La Guinguette à Tours, nous avons discuté avec Le Bateau Ivre, ECB, Konsato, Le Temps Machine... L'idée serait d'avoir des cartes blanches, des événements en co-production. Nous essayons de croiser des réseaux, notamment avec les Pays-de-La-Loire et de mettre en place des échanges. Nous avons de la chance d'avoir un vrai réseau en Région Centre-Val de Loire, qui fait que les groupes y tournent beaucoup et qu'il y a une bonne connaissance de la création régionale, ce qui n'est pas forcément le cas partout. Mais il y a quand même un plafond de verre régional que nous essayons de dépasser en faisant ces ponts. Nous avons aussi envie de faire des petits événements, parce que c'est également valorisant pour nous de pouvoir faire jouer nos artistes. Cela permettrait aussi d'habituer un public à ce qu'il se fait sur son territoire.

Le futur chez LyloProd s'annonce également très riche ! Nous avons passé un cap avec le groupe Grande, qui est FAIR 2021. Nous allons donc gagner des épaules par la force des choses. Nous allons pouvoir accélérer, apprendre encore davantage et rencontrer des gens. Nous allons encore préciser notre champs d'action. Nous allons avoir une vraie position de manageur, en tant que coordination de groupe. Notre travail avec le groupe First Draft, accompagné par le Propul'Son régional va aussi prendre de l'ampleur. Nous avons financé leur disque et nous y allons à fond, avec une sortie parisienne en co-plateau avec les Stuffed Foxes, accompagnés par Konsato. Cette date est programmée à La Boule Noire le 23 mars 2022. C'est la première fois que nous avons réussi à avoir de l'argent pour de la production phono et cela nous intéresse de continuer à le faire. Nous essayons également de fédérer le réseau autour de cette sortie.

Ce sont nos projections. Et il est important de préciser que nous sommes très bien entouré·es. Nous avons 3 salarié·es et demi et 3 administeur·rices issu·es de LFI, qui sont chez Tonnerres Production et la MJC La Châtre. Ils nous aident énormément.

La playlist du moment d'Emmanuel LEBRUN

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