Département : Indre-et-Loire (37)

Catégorie : Autre

Rencontre avec Eloïse CADIOU, chargée de production chez ECB, structure d'accompagnement d'artistes adhérente à la Fraca-Ma

Rencontre avec Eloïse CADIOU, chargée de production chez ECB, structure d'accompagnement d'artistes adhérente à la Fraca-Ma

par Laure Clarenc - le 28/09/2020

Dans l'objectif de mettre en lumière ses adhérent(e)s et de favoriser les échanges, la Fraca-Ma lance une série d'interviews. Pour ce septième épisode, découvrez ECB, structure d'accompagnement d'artistes basée en Touraine.

> Eloïse, tu es chargée de production chez ECB, structure de développement de projets artistiques basée en Touraine. Peux-tu nous parler davantage de l'association ? De sa création ? De ses objectifs ?

L’association est née en 2013 suite à de longues conversations où nous refaisions le monde avec des amis. Beaucoup de musiciens que nous connaissions cherchaient une structure pour les produire, et les membres créateurs de l’association ont souhaité connaître et mieux comprendre les enjeux de l’autre côté de la scène avant de se lancer. Finalement ECB a été créée pour répondre à cette demande mais sans devenir pour autant une « chercheuse de date » ou une « banque ». Elle s’inscrit donc dans le processus d’accompagnement depuis ses origines, ce que je trouve intéressant et valorisant. Ce mélange entre gens du public et gens du spectacle dans les équipes bénévoles et salariées est très riche et l’envie de faire partie d’une équipe artistique est, je pense, bien intégrée maintenant. Étant basée à Château La Vallière, l’association a immédiatemment travaillé en ruralité avec les acteurs locaux. Elle propose un accompagnement à la carte. Cela peut-être sous forme d’ateliers, de réunions d’information en passant par la création d’événements, son montage, sa coordination, sa régie, sa programmation… la palette est large ! Nous souhaitons surtout que les porteurs de projets réalisent leurs objectifs de manière professionnelle, que les enjeux soient intégrés, qu’ils soient contents d’eux et aient envie de recommencer. Nous pouvons résumer les objectifs d’ECB en deux axes principaux : accompagner les projets artistiques et les projets culturels.

> Tu es à l'origine de la structure, que tu diriges donc depuis sa création. Quel est ton parcours dans le secteur des musiques actuelles et du spectacle vivant ?

Je suis surtout à l’origine de l’idée et des débats qui ont animé, entre autre, mon salon. Ensuite, nous avons construit ensemble. Je tiens à le dire parce que cette association est partie d’une réelle envie d’aider et d’accompagner. Et finalement, cela a fonctionné tellement vite du côté production que je me suis beaucoup investie et que j’ai dû me former. Mes amis avaient un métier, moi j’étais musicienne (rire). Je suis entourée de musiciens professionnels depuis toute petite. J’ai moi-même commencé le piano à 4 ans. Je crois que ma première apparition sur scène était à cet âge dans la chorale de mon père, mais en figurante. 
J’ai abandonné le piano pour le violoncelle à 7 ans. Je ne me suis jamais posée la question de savoir si ça allait être mon métier ou non mais ça me paraissait logique d’aller à Angers au lycée où je me suis mise à toucher à plein d’instruments et à rencontrer des gens du théâtre et de la danse. Puis à Tours à la fac de musicologie, j’ai commencé dans des petits groupes en chant, violon, violoncelle et percussions. Je n’ai jamais eu un gros niveau mais toujours une bonne oreille. Donc après les orchestres et quelques concerts dans différents groupes j’ai décidé d’arrêter parce que le trac m’était tombé dessus d’un coup et que je n’y trouvais plus ma place.
Finalement, je me suis un peu planquée dans le public puis derrière, dans l’ombre, à côté, enfin partout mais pas devant avec un instrument. J’ai découvert tout cela en faisant Les Formations d’Issoudun. J’ai également participé à toutes les formations possibles par le biais de la Fraca-Ma. Je suis hyper formée mais avec la Covid-19 il va falloir faire des e-performances et je ne sais pas si c’est ECBien.


> Comme beaucoup de professionnel.le.s du secteur, tu as été confrontée à la crise COVID-19. Quel a été l'impact de cette crise sur ta structure ? As-tu été contrainte d'annuler beaucoup de projets ?

Je n’en parle pas au passé, nous sommes encore en plein dedans et tout le secteur tremble de ce qui va se passer dans les mois et années à venir. C’est très dur psychologiquement. 
Justine est la nouvelle salariée d’ECB depuis décembre. Je pense qu’elle espérait mieux comme première année. Ses formations ont été décalées, elle s’est retrouvée seule au bureau puis chez elle puis de nouveau seule au bureau et moi en télétravail à 100%. Puis aujourd’hui nous devons absolument trouver un nouveau bureau car nous sommes contraintes de déménager. C’est une drôle de mise en route, nos missions ont été sabordées, nous avons dû nous adapter au jour le jour et la tâche est difficile du point de vue RH, coordination d’équipe et sécurité.
 Pour ce qui est des concerts, désormais, les règles ont changé, diffuseurs et producteurs jouent la montre. Nous réservons à demi-mot pour ne pas s’engager dans quelque chose qui sera démonté à la dernière minute et sans indemnité. On se tourne autour. La relation entre diffuseur et producteur est vraiment compliquée, aucun des deux n’est serein. Nous nous serrons les coudes mais en espérant ne pas chuter. Sans solutions probantes, plus le temps va passer, plus il y aura de tension. 


> Aujourd'hui, le futur reste incertain. Comment as-tu géré la reprise quand le confinement a été levé ? Et aujourd'hui, quelle activité as-tu conservé avec ECB ? Outre le management et l'accompagnement artistique, tu produis aussi des concerts. As-tu pu reprendre cette activité ?

C’est assez étrange parce qu’à la fois on est déjà en train d’essayer de sauver le peu de dates et d’événements qu’il nous reste mais en même temps on essaie de construire la suite sans trop savoir où nous allons. Pendant le confinement un groupe de travail s’est créé. Le GTVivant 37, dont je fais partie, s’est réuni pour parler et faire remonter les difficultés du secteur indépendant de la filière culturelle (toutes esthétiques confondues) et amorcer le dialogue avec les élus du département pour que nous trouvions des solutions ensemble. Nous espérons avoir des retours d’élus et amorcer le dialogue rapidement.
 ECB est sur le pont pour ses équipes artistiques et ses projets de territoire qui sont tenus à bout de bras. Jusqu’ici, « seul » le festival Ça Va Jazzer a été annulé. Deux albums n’ont pas pu être correctement promus et la solution de produire nous-même nos dates semblait encore hier « l’option risquée » la meilleure… Il y a aussi les projets qui vont jusqu’au bout mais à quel prix ? Dans le cadre de Cultivons Nos Energies Citoyennes par exemple, nous souhaitions prouver aux gens que monter un événement culturel en ruralité pouvait être simple, agréable et créer du lien. Inutile de dire que ce ne sont pas les adjectifs qui leurs sont venus à la bouche lorsque nous étions en visio après les municipales cette année. Les quatre événements que nous coordonnons avec ID37 dans le cadre du CNEC, se déroulent pendant cette période difficile. Les trois premiers se sont très bien passés et heureusement ! Mais nous ne saurons encore une fois qu’au dernier moment si le dernier aura bien lieu et dans quelles circonstances. Je pense donc que le message souhaité est biaisé par ce contexte.

> Comment te sens-tu par rapport au futur ? Es-tu confiante ou angoissée ?

Là de suite à chaud ? Je redoute d’ouvrir mes mails, d’y apprendre qu’un concert est annulé, qu’une instance ne suit plus un projet, que cette même instance est lâchée par une autre, ou plus généralement qu’un lieu ou une structure souffre. Nous sommes toutes et tous embarqué.e.s dans un cercle vicieux. Par exemple, je pense qu’il y a de nombreuses structures comme ECB qui n’ont pas le temps d’aller chercher les aides proposées parce qu’elles sont dans une gestion et une adaptation d’urgence au quotidien de leurs propres activités. À contrario les dossiers déposés aux sociétés civiles sont soit refusés soit repoussés parce qu’il n’y a plus de budget. En ce moment c’est : "encore un coup d’épée dans l’eau, dommage". Sinon, j’ai appris qu’il valait mieux se la péter pour donner une image positive et montrer qu’on est fort. Je vais quand même pas commencer à faire ça en temps de Covid si ? OK. Ici tout va bien, merci et toi ? Sérieusement, comment peut on dire que nous sommes confiants ? Ca sent mauvais partout, ce n’est pas que pour la filière !

> Cette crise a-t-elle fait naître de nouveaux projets, de nouvelles envies pour ECB ?

Plus le temps passait, plus on était dans l’accélération des objectifs que nous nous étions fixés pour le territoire et la redéfinition des urgences. Finalement, nous constatons un ralentissement des accompagnements prévus pour les groupes et du décalage dans nos projections de projets de territoire, voire de l’annulation pure et simple. Comme nous sommes toutes et tous touché·e·s par ces changements dans nos emplois respectifs, se réunir pour retravailler de nouvelles stratégies qui seraient élaborées au doigt mouillé ne nous a pas apparu pertinent pour le moment. Cela dit, nous sommes toujours ouverts à produire ou accompagner des nouveaux groupes, nous continuons de créer des projets avec d’autres structures, et dans ce contexte c’est déjà pas si mal d’imaginer pouvoir continuer !

> La crise a ré-interrogé de nombreuses pratiques, notamment sociales, écologiques.... Aujourd'hui certaines des pratiques mises en oeuvre pendant le confinement tendent à retomber dans l'oubli. Pour toi, quel serait le post-Covid idéal, sur tous les sujets confondus ?

Tous les sujets confondus ? Comment faire le tour ? Je vais survoler c’est certain. Le post-Covid idéal serait finalement qu’il ait déclenché quelque chose de vrai et durable. Comme lorsque nous vivons un drame qui "nous fait relativiser" mais dans ce cas avant le climax ce serait quand même mieux. Pas une brise, un soufflet qui retombe comme un léger soulagement de conscience, la salade dans ton burger, la caution morale. Un post-Covid plus large, celui qui arriverait à faire ouvrir les yeux sur l’état de la planète et qui arriverait demain (tant qu’à faire) mais pendant la nuit il se serait passé un truc magique et au réveil, tout le monde se sentirait bien, réfléchirait plus et on aurait plus d’ouverture d’esprit et de vision de l’avenir. Alors on parle bien d’un miracle là ! Nous comprendrions que ce qui est beau c’est la mixité et que c’est l’université de la vie. Qu’on ne peut pas tout savoir sur tout et l’imposer aux autres... Mais globalement nous avons besoin qu’on nous impose plus d’efforts. C’est compliqué d’abandonner son confort, de perdre pour donner à l’autre, de le respecter et de comprendre que ce n’est pas parce qu’il n’est pas comme toi qu’il est inférieur, qu’il mérite moins. Je crois que nous sommes faits pour oublier les tragédies et continuer d’avancer. L’avantage c’est qu’on continue d’avancer. L’inconvénient c’est qu’on continue en fermant les yeux. Les valeurs et orientations d’ECB sont en adéquation avec nos convictions et les projets qui en découlent tendent toujours vers l’ESS et la RSO. Finalement avant de connaître tous ces acronymes ECB était déjà sur le chemin d’un post-COVID idéal et c’est tant mieux. Dans le conseil d'administration il y a autant de filles que de garçons, nous sommes deux filles salariées dans l’administration mais il y a encore plus de garçons chez les artistes que de filles alors ça équilibre ! Je télétravaille et le futur-ex-bureau d’ECB est à côté de chez Justine. Nous covoiturons un maximum ou alors nous prenons le train. Lors du congrès du SMA j’ai pu constater que les questions du télétravail et de l’optimisation des trajets avaient bien été au cœur des pratiques peut-être par défaut dans un premier temps puis, d’après quelques sondages, plutôt adoptées par confort et éthique. Et bien tant mieux ! J’espère juste que nous n’oublierons pas et qu’il y aura bien un impact positif quelque part !

 

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