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Catégorie : Actualité du Pôle

Rencontre avec Maud Le Pladec, marraine du programme de mentorat féminin Affranchies!

Rencontre avec Maud Le Pladec, marraine du programme de mentorat féminin Affranchies!

par Laure Clarenc - le 19/05/2021

Maud Le Pladec est danseuse, chorégraphe et directrice du Centre Chorégraphique National d'Orléans depuis 4 ans. Il y a quelques mois, elle a accepté le rôle de marraine d'Affranchies!, un programme de mentorat féminin lancé par Métiers Culture et la Fraca-Ma, dédié à toutes les femmes qui travaillent dans le milieu du spectacle vivant et qui vivent en Région Centre-Val de Loire.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Maud Le Pladec est l'une des 3 seules femmes à diriger un Centre Chorégraphique National (hors collectif) et l'enquête menée par le collectif HF Centre-Val de Loire sur la répartition et l'accès à l'emploi F/H culturel et artistique dans le spectacle vivant en Région prouve que les inégalités sont encore nombreuses. Particulièrement engagée, Maud Le Pladec est féministe, elle porte un peu plus haut la voix des femmes, pas uniquement dans la danse, mais bien toutes les voix, de toutes celles qui se sentent femmes dans sa définition la plus large. Pour elle, prendre le rôle de marraine du programme Affranchies! était à la fois un honneur, une découverte mais aussi un moyen de pousser un peu plus loin son militantisme... Elle explique : "Je ne savais pas exactement ce que voulait dire "marrainer" un programme comme celui-ci mais je le relie beaucoup avec ce que je fais au CCNO, avec l'équipe et dans les programmes que nous proposons. Je me suis dit que j'allais rencontrer, transmettre, apprendre... avoir une autre façon pour moi de continuer à creuser et à poursuivre le militantisme dans lequel je me suis engagée personnellement et professionnellement". Si les raisons qui ont poussé Maud Le Pladec à accepter ce rôle de marraine sont multiples, la cause est unique : militer en faveur des femmes.  

Mais comment expliquer la faible présence féminine aux postes de direction des Centres Chorégraphiques Nationaux et, plus largement, à tous les postes à responsabilités ? Pour Maud Le Pladec, les raisons sont plurielles : "il y a une forme de non légitimité, un syndrome de l'imposteur. Parfois on ne se sent pas en capacité de le faire, on ne s'imagine pas pouvoir accéder à ces postes... Mais c'est culturel, politique. Le système entretient ces pensées. Mais le système, c'est aussi jouer le jeu de la parité lorsqu'une short-list est créée et soutenir la promotion des femmes à la direction. C'est un double-mouvement." Alors que faire pour améliorer, encourager, transformer le système actuel ? Maud Le Pladec a plusieurs avis : "Les programmes de mentorat, et notamment Affranchies!, sont vraiment importants. Affranchies! est un programme non-mixte et je pense que la question de la non-mixité est importante, même si elle fait beaucoup débat. Selon moi c'est dans ce type de groupe que vont se développer tous les outils d'émancipation. Nous avons besoin de sortir d'un système, de se regrouper, pour pouvoir ensuite mettre en pratique ces outils d'émancipation (...).  La seconde solution, c'est la visibilité. Il faut plus de femmes à des postes à hautes responsabilités et les montrer davantage. Il faut que ce soit visible. On va créer des cercles vertueux qui vont changer les modèles, les systèmes et nous aurons peut-être moins besoin de programmes comme Affranchies!.".

Si la visibilité est primordiale, il faut aussi qu'elle soit inclusive. Pour Maud Le Pladec, "il est important de parler d'intersectionnalité et de militer pour la place des femmes mais aussi de lutter contre toutes les formes de discrimination, qui visent les femmes mais aussi les discriminations de race et de genre. Il faut faire attention à ne pas entretenir cette vision binaire sur laquelle repose le patriarcat qui divise le monde en deux catégories que sont les hommes et les femmes et plutôt les hommes cisgenres blancs et les femmes cisgenres blanches et plutôt issu·e·s de classes bourgeoises. Il faut que toutes ces identités soient visibles à tous les niveaux de l'échelle de la société. La visibilité a un enjeu majeur pour créer des modèles sur lesquels les petites filles peuvent se projeter."

Au Centre Chorégraphique National d'Orléans, Maud Le Pladec et son équipe oeuvrent quotidiennement à la construction d'un programme qui allie l'art et le militantisme. La directrice a conscience de sa position et du rôle qu'elle peut jouer à travers son lieu, son travail, sa voix et son oeuvre. Entre apprentissage personnel et mentorat de toute une vie, Maud Le Pladec s'est construite au fil des rencontres, des lectures et d'observations. Les figures qui l'ont accompagnée et l'accompagnent toujours sont nombreuses. Elle cite notamment Mathilde Monnier et Anne Kerzerho, mais aussi Meg Stuart ou encore Gisèle Vienne, toutes chorégraphes. Mais celles qu'elle retient sont aussi philosophes, penseuses, musiciennes et militantes. Ce sont aussi parfois des hommes, ceux qu'on appelle des alliés. Maud Le Pladec énumère : Laurie Anderson, Meredith Monk, Chloé, Lucie Antunes. Mais aussi Habibitch, Virginie Despentes, Paul Preciado, et puis Michel Foucault, Miguel Abensour, Milo Rau... Toutes et tous ont permis à Maud Le Pladec de s'affranchir, de construire, déconstruire et reconstruire. À la tête du CCNO pour encore plusieurs années, la chorégraphe, danseuse, artiste a cette envie de faire bouger les lignes.

Pendant 12 mois, elle va accompagner la première promotion du programme de mentorat féminin Affranchies!. À son tour, elle va aider les 8 binômes constitués, à se questionner et à créer des possibilités. Elle va transmettre, raconter, partager et dans quelques années, elle fera probablement partie de celles qui ont marqué un parcours.

Pour lire l'interview dans son intégralité, cliquez ici.

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