Département : Indre-et-Loire (37)

Catégorie : Actualité du Pôle

Rencontre avec Nathan AULIN, chargé de communication au sein de l'association Les Îlots Électroniques

Rencontre avec Nathan AULIN, chargé de communication au sein de l'association Les Îlots Électroniques

par Laure Clarenc - le 23/02/2021

Dans l'objectif de mettre en lumière ses adhérent·e·s et de favoriser les échanges, la Fraca-Ma lance une série d'interviews. Pour ce douzième épisode, découvrez Les Îlots Électroniques, association tourangelle dont l'objectif est de promouvoir et de faire vivre les musiques électroniques à Tours et dans son agglomération.

> Bonjour Nathan. Peux-tu nous présenter les Îlots Électroniques ? Depuis quand l'association existe-t-elle ? Quel est objectif de sa création ?

Le but de l'association était de sortir les musiques électroniques des clubs et du milieu de la nuit et de faire danser les gens sur ces musiques dans les parcs et jardins de Tours et de son agglomération. L'association avait dans le viseur l'île Simon, qui était le lieu idéal et c'est ce qui a donné le nom des "Îlots Électroniques". L'idée de l'association a démarré en 2014 et a germé dans la tête d'Enzo Petillault, programmateur d'Aucard de Tours et de Thomas Giovani, un ami à lui, qui, à l'époque, organisait des concerts à Blois. Ils sont allés trouver Arno N'joy, le papa de la techno et de la house tourangelle depuis le début des années 90. Ensemble ils ont travaillé sur le sujet et ont décidé de créer les Îlots. Tout a démarré au printemps 2014, au Projet 244, une friche industrielle tourangelle. Cela répondait à un besoin qui découlait, selon eux, d'une analyse qui démontrait que la ville de Tours n'était pas une ville de club. Il y avait un manque pour le public, qui se déplaçait sur Nantes ou sur Bordeaux pour ce genre d'événements. La suite leur a donné raison puisque cela a plutôt bien marché et que les gens sont venus de plus en plus nombreux aux événements des Îlots.


> Peux-tu nous parler de ton parcours au sein des musiques actuelles ainsi qu'au sein de l'association ? Quel est ton rôle ? Depuis quand y es-tu bénévole ?


Tout a débuté par mon arrivée chez Radio Béton. C'était aussi en 2014. Je suis arrivé à Radio Béton pour le livre consacré aux 30 ans de la radio. Je suis rentré dans l'animation radio par la voie de Béton aussi et derrière j'ai rejoint la communication d'Aucard de Tours. Pendant tout ce temps, j'allais aux Îlots en tant que public. Je refusais de travailler aussi pour Enzo le week-end parce que je travaillais déjà pour lui la semaine. Puis il a fini par m'avoir (rires). En 2016 j'ai commencé à bénévoler pour les Îlots, dans un premier temps sur des missions de montage, démontage, servir des bières et en boire aussi (rires). Donc du bénévolat classique pour débuter. Puis l'année d'après, en 2017, j'ai rejoint le Conseil d'administration, qui a été ouvert à un plus grand nombre de personnes. J'y suis rentré pour gérer tout ce qui est communication, presse. Cela s'est fait de manière assez naturelle. Les Îlots sont une grande bande de copains, donc il n'y a pas vraiment eu de temps d'adaptation, ou peut-être un peu plus pour eux car ils ont du revoir leur façon de travailler, partager un peu plus les tâches, déléguer... C'est de cette façon que je suis rentré dans l'association un peu plus sérieusement.


> Vous préparez l'anniversaire des Îlots pour le mois d'avril. Comment cela se passe-t-il ? Malgré la crise, êtes-vous sereins ou plutôt angoissés ? Peux-tu nous en dire un peu plus sur cet événement ?

Cette année nous avons vraiment envie de fêter cet anniversaire. En 2020 nous avons eu la bonne idée de ne pas fêter nos 6 ans parce que nous ne trouvions pas de lieu ni de projet suffisamment "sexy" pour s'y pencher sérieusement. L'idée pour fêter ces 7 ans est venue d'une manifestation qui a eu lieu en décembre, pour soutenir le milieu de la culture. Les Îlots avaient décidé d'y participer. Il y a eu un mini-char sur lequel Sylvain, membre du CA et DJ de la l'Îlot Team a mixé. Nous nous sommes rendus compte que cela fonctionnait, que nous pouvions passer de la techno dans les rues en marchant. L'idée a germé dans la tête d'Enzo, qui a envisagé orienter l'anniversaire en ce sens. Et c'est à ce moment là que le projet de grande parade s'est créé, avec l'idée d'allier la Compagnie Off qui nous avait précédemment reçu dans son lieu au Point H^ut, où nous fêtions précédemment nos anniversaires. Il ont aussi une très grosse expérience dans les parades, les déambulations. Nous avions également besoin de leur expertise pour la décoration. Nous travaillons main dans la main avec eux sur ce sujet. Nous partirions sur 4 chars, avec de la programmation essentiellement locale. Il y aura un char Eden, avec tout ce qui concerne la question de renouveau, de l'origine... Nous sommes partis sur quelque chose de printanier, vu la saison et nous avions aussi envie de ça, d'où le nom de l'événement, BoomBoom Bloom, qui touche aussi l'éclosion, le renouveau. La décoration sera florale. Sur ce char Eden, il y a aura la DJ l'Îlot Team principale : Damussel, Arno N'Joy et GL8. Puis il y aura aussi un char Orage, avec quelque chose de plus violent, une sorte de cassure dans ce délire printanier, avec le collectif Lab.O, qui font de la Drum & Bass. Nous les avons reçu en juillet dernier au 37e Parallèle. Nous aurons également un char Procréation, pour tous les délires un peu plus sexuels etc, avec le collectif Trouble, qui nous a également rejoint en juillet au 37e Parallèle et qui a l'habitude d'animer ce genre d'ambiance. Ils se sont reconnus assez rapidement dans ce que nous leur proposions. Ils ont déjà plein d'idées d'animation et de création pour tous nos projets. Et pour terminer, nous aurons également un char Soleil, avec les copains d'Around the Clock, un autre collectif plutôt ciblé "after.", avec qui nous avons aussi l'habitude de travailler et Hausruff qui fait également partie de la DJ l'îlot Team mais que nous n'avons pas pu installer sur l'autre char.
C'est un événement qui coûte de l'argent, pour lequel nous avons lancé une campagne participative. Nous nous sommes fixés un objectif de 15 000 euros à atteindre. Nous avons pensé cela comme une billetterie participative. Pour les anniversaires précédents, le public a toujours acheté une place pour venir aux événements, donc on a imaginé cela de la même manière, même si nous sommes dans l'espace public, mais cela permet de les aider à financer le projet. Mais nous ne renonçons pas et nous sommes toujours activement à la recherche de fonds publics. Nous enchaînons les rendez-vous avec la mairie, le Département, la Région...
Concernant notre ressenti, je ne dirais pas que nous sommes sereins, mais nous avons la dalle d'événements, de public, de musique... Cela commence à être un peu long. Je ne dirais pas non plus que nous sommes angoissés mais plutôt un peu agacés de l'immobilisme avec cette situation qui n'en finit pas.


> Comment cela se passe-t-il pour le protocole sanitaire ? Avez-vous déjà eu des rendez-vous avec la préfecture ?


Pour tout ce qui concerne la régie, la sécurité, nous avons la chance d'avoir avec nous Sébastien Garcia. Il a une expertise assez importante pour tout ce qui concerne les dossiers de sécurité. Nous lui faisons aveuglement confiance. C'est déjà lui qui nous avait ouvert la voie pour le mois de juillet dernier. Il avait réussi à travailler un dossier suffisamment béton pour que nous puissions organiser l'événement et avoir l'aval de la préfecture pour faire tout un week-end au 37e Parallèle. C'est lui qui reprend le projet avec cette même démarche et avec une mise à jour de toutes les conditions sanitaires. Il est en lien direct avec la préfecture, même si nous conservons un regard sur le sujet.

> D'ailleurs, quel a été l'impact direct de la crise sur les Îlots ? Avez-vous été contraints d'annuler beaucoup d'événements ?

Aux Îlots, nous avons la chance et surtout pour les open d'air d'été, de ne pas avoir besoin de beaucoup de temps pour les organiser. Nous pouvons les annuler deux semaines avant sans qu'il n'y ait trop d'enjeux financiers ou trop de problématiques importantes. C'est une chance, surtout dans une situation où tout peut être annulé au dernier moment. Nous avons surtout annulé des projets. Si cela avait été possible, nous aurions organisé nos sessions d'hiver, appelés les Box, dans des lieux comme le 37e Parallèle ou le Temps Machine. Mais dès l'annulation du mois de juillet, nous sommes partis du principe qu'il y avait peu de chance que cela se fasse. Nous sommes restés sur le qui-vive mais à partir de septembre/octobre nous avons bien vu qu'il n'y aurait rien de ce type. Donc cela n'a pas été réellement problématique pour nous. Nous avons eu la chance, également, de ne pas organiser notre anniversaire pour les six ans de l'association. Si nous l'avions fait nous serions tombés pile au moment du premier confinement et l'annulation aurait été plus compliquée. Je pense que nous aurions perdu beaucoup d'argent. Cela n'a pas été le cas pour les autres éditions, nous n'avons pas eu de perte d'argent significative. Mais pour l'événement que nous pensons organiser le 4 avril nous avons besoin d'argent pour le financer car ce n'est pas un événement qui nous permettra d'en récupérer. Il n'y aura pas de bar comme sur les autres éditions. Nous sommes sur une opération zéro bénéfice. Nous ne pouvons pas tout mettre de notre poche sinon nous mettrions l'association en péril. Nous avons besoin d'un petit coup de pouce, d'où la création de la cagnotte et les demandes de fonds publics.

> Comment envisagez-vous le futur ? Cette crise aura-t-elle fait naître d'autres idées de projets ?

Il y a plein de choses qui nous ont traversé l'esprit l'été dernier. Nous avions aussi dans l'idée de faire des événements chez l'habitant, comme ils peuvent s'en déclarer aujourd'hui, des choses aussi un peu "border". Nous n'y sommes pas allés pour tout un tas de raisons... mais l'exploitation de l'espace public est dans notre ADN depuis le début. Par contre nous n'avons jamais pratiqué la rue, la parade non plus. Et si là nous avons la chance de pouvoir le faire, si cela se passe bien et que c'est à la hauteur de nos attentes, peut-être que nous réitérerons l'expérience, que nous en ferons un vrai rendez-vous, quelque chose que nous ferions tous les ans, que nous améliorerons, rendrons plus gros. Il n'y a pas de techno parade sur Tours. Donc pourquoi pas essayer de pérenniser l'événement. À voir... Si cela se passe bien, cela risque d'être dans la tête de tout le monde, une envie qui va rester.

> Quel serait le post-covid idéal pour toi ? Tout sujet confondu : écologique, social...

Un retour à ce que nous connaissions avant serait une bonne chose, sans qu'on nous ait trop grignoté le terrain et les libertés. Et tout ce qui concerne les causes écologiques et sociales sont clairement des choses auxquelles il faudra réellement penser. Il faudra remettre au centre le bien commun, pour stopper un peu l'individualisme. Ce serait bien qu'on se sépare un peu de tout ça, maintenant que nous avons traversé une crise tous ensemble, que nous avons été impactés presque tous de la même manière, d'autres malheureusement un peu plus que certains. Il faudrait remettre au centre la population. Il faudrait également se débarrasser des étiquettes "essentiel·le·s" et "non essentiel·le·s". C'est quelque chose qui m'a choqué et je ne pense pas être le seul. Je pense que cela fait plus de mal que ce que nous voudrions bien le dire. À mon sens c'est complètement injustifié. Et si à l'avenir nous pouvions arrêter d'estimer que la culture, des lieux de vie ou toute chose qui ne rapporte pas d'argent sont non essentiels, cela nous enlèverait une bonne épine du pied.

> Voudrais-tu rajouter quelque chose ?

L'événement organisé pour notre prochain anniversaire sera participatif. Nous n'invitons pas uniquement le public à venir voir défiler la parade. Il faut qu'il soit au centre de tout cela. Nous serons tous déguisés en rapport avec la décoration que nous aurons mis en place. Alors si le public veut se déguiser et participer qu'il le fasse et ce sera encore bien mieux. Concernant le trajet, nous démarrerions très symboliquement sur notre Île Simon, qui serait la zone de départ des chars et nous ferions un tour qui nous ferait arriver sur le Pont Wilson. Nous nous arrêterions justement sur ce pont, au niveau de l'île Simon, pour dix minutes/un quart d'heure de stabilité dans notre parade. Nous terminerions tout cela avec une belle vue sur l'île Simon, que nous espérons pouvoir exploiter très vite.

Pour participer à la campagne de financement participative des Îlots Électroniques, cliquez ici.

 

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