Département : Cher (18)

Catégorie : Actualité du Pôle

Rencontre avec Isabelle Rouzeau, directrice de l'association Le Carroi, adhérente à la Fraca-Ma

Rencontre avec Isabelle Rouzeau, directrice de l'association Le Carroi, adhérente à la Fraca-Ma

par Laure Clarenc - le 26/01/2021

Dans l'objectif de mettre en lumière ses adhérent·e·s et de favoriser les échanges, la Fraca-Ma lance une série d'interviews. Pour ce onzième épisode, découvrez Le Carroi, association pluridisciplinaire basée dans le Cher et sa directrice Isabelle Rouzeau.

> Bonjour Isabelle. Le Carroi est une association pluridisciplinaire basée dans le Cher ? Peux-tu nous faire un petit historique, nous expliquer ses missions principales... ?

Le Carroi est une association qui a été créée en 2007 dans le but de proposer une programmation pluridisciplinaire en milieu rural, au nord de Bourges. Nous avons une programmation orientée vers les musiques actuelles mais aussi beaucoup sur l'espace public et sur la participation avec la population, nos voisins... L'idée a toujours été de dire que nous organisons des événements pour mobiliser un public en dehors des réseaux officiels et surtout à proximité, en ruralité. À l'heure actuelle, les grandes missions de l'association se concentrent autour de la mise en place d'une saison pluridisciplinaire, de l'accompagnement de création, de l'accueil en résidence, de l'action culturelle et une partie ressource sur le territoire.


> Quelles sont tes missions au sein du Carroi et quel est ton parcours dans le spectacle vivant et/ou les musiques actuelles ?

Je suis un peu couteau-suisse. Je suis directrice de fait, parce que l'association s'est étoffée ces dernières années. Le Carroi reste une petite structure, nous sommes deux salarié·e·s permanent·e·s, trois en temps normal parce qu'il y a un congés parental en cours. Je n'assume pas trop le titre de directrice, parce que nous sommes vraiment une mini-structure, mais ça reste le travail que j'effectue. Je m'occupe de la gestion, de la coordination, d'une grand part de la programmation même si elle est mise en partage et notamment pour les musiques actuelles. Je fais aussi la communication... Nous partageons à deux et avec une équipe de bénévole active tout ce qui inclus la gestion quotidienne d'une structure.
En ce qui concerne mon parcours, je possède une formation dans la communication. J'ai travaillé 5 ans dans ce domaine pour Bandits Mages, une structure de Bourges qui a récemment fusionné avec Emmetrop, pour devenir Antre Peaux. Suite à cette expérience, en 2005, j'ai fait la formation de chargé·e de production aux Formations d'Issoudun. Après cela j'ai travaillé avec Hémisphère, un collectif de musiciens implanté à Bourges, pour gérer l'administration, la production et faire un peu de diffusion. En parallèle, Le Carroi s'est monté. J'ai longtemps eu plusieurs casquettes : j'ai mené le projet du Carroi, avec des missions de diffusion tout en faisant de l'accompagnement d'équipes artistiques ponctuellement mais aussi sur du plus long terme. Cumuler est pratique d'un point de vue économique mais aussi pour l'expérience. C'est intéressant de travailler d'un côté sur la production et l'accompagnement d'artistes en développement et de l'autre côté être structure de diffusion.

> Le Carroi coordonne le dispositif Ding Dong pour la Fraca-Ma. Peux-tu nous expliquer le rôle de l'association dans la mise en place de cet outil ?

La coordination du Ding Dong nous a été confiée parce qu'à l'époque, nous étions plusieurs acteurs adhérents de la Fraca-Ma en milieu rural. Il y avait notamment Bocal MaZik. Nous constations alors qu'il n'était pas facile de remplir les jauges et qu'il était plus simple de générer un flux de public, de ramener du monde sur un événement type festival, parce qu'il y a un caractère plus ponctuel. Mais dès lors que nous organisons des concerts tout au long de l'année, la mobilisation du public devient plus complexe. Nous constations également qu'il y avait beaucoup d'organisateurs occasionnels amateurs. Et dans ce cadre, nous étions souvent sur des concerts qui n'étaient pas dans les clous légaux, qui ne rémunéraient pas forcément les artistes comme il se doit etc. L'initiative du Ding Dong était vraiment de suivre ce réseau d'organisateurs occasionnels et d'organisateurs qui n'arrivaient pas à rentrer dans les cadres de subventionnement des collectivités et notamment de la Région, comme c'était notre cas. L'idée était de pouvoir accompagner des initiatives ponctuelles de concerts en milieux ruraux et donc potentiellement avec une difficulté de jauge et d'équipement. Il n'y a pas ou très peu de salles équipées en milieu rural. Bien souvent ce sont des concerts qui se font en salles des fêtes ou dans les jardins, chez les gens. Ce sont d'ailleurs des modes d'organisation qui redeviennent d'actualité avec la COVID. Le Ding Dong a deux missions : inciter au salariat des artistes tout en accompagnant les initiatives et c'est ce qui fait tout l'intérêt du dispositif. Sur le fond, celui-ci est assez semblable de ce qu'il se fait avec le GIP Café Culture. Nous avons tâtonné parce que, de ce que j'ai pu constater, en s'adressant à des organisateurs "occasionnels" ou "amateurs", nous sommes aussi sur des organisateurs qui ne veulent pas s'encombrer avec de l'administratif et ce n'était pas les personnes qui nous touchions avec nos réseaux. Il a bien fallu 2-3 ans pour que le dispositif prenne vraiment, pour qu'il soit identifié, pour que les gens s'en emparent et que nous arrivions à faire connaître le dispositif en dehors du réseau de personnes qui se connaissent dans le milieu de la musique et qui fréquentent les salles de concert de la région. 2020 était la première année où, en mars, au moment du confinement, nous avions fléché toute l'enveloppe. D'habitude cela prenait plus de temps, nous étions obligés de faire des relances... Ce n'est pas facile de communiquer sur ce dispositif et de toucher la bonne cible, mais en 2020 les choses avaient bien pris. Je souligne également le fait que la coordination du Ding Dong a été confiée au Carroi grâce à l'engagement de la Fraca-Ma qui souhaite travailler avec ses adhérents, nous mettre opérateur. Ce qui est significatif car nous sommes rémunérés pour cette coordination.


> Chaque année, Le Carroi organise des concerts, des spectacles, un festival... Mais depuis presque un an, le spectacle vivant est à l'arrêt à cause du coronavirus. Quel a été l'impact direct de la COVID sur le Carroi ?

Outre l'arrêt des activités, au stade où nous en sommes et sur le long terme, c'est le manque de vie associative qui m'affecte le plus. Le Carroi a un agrément "Espace de vie sociale" via la CAF et nous travaillons beaucoup avec notre bureau, notre conseil d'administration bénévole. Nous travaillons également beaucoup avec notre public sur des initiatives "habitants", sur le fait d'associer des gens à notre projet. Et il est difficile de se retrouver d'un coup, coupé de cette possibilité de se réunir et donc d'impliquer les gens dans nos actions. Nous avons la chance d'avoir été suivi financièrement par nos partenaires. Nous n'avons pas tant perdu de fonds, nous ne nous sommes pas retrouvés en difficultés budgétaires, nous avons pu honorer les contrats des artistes et indemniser les artistes que nous avons annulé.

> Au sein de l'association, avez-vous réussi à mettre en place de nouveaux projets malgré la crise ? À maintenir une activité malgré tout ?

Nous avons réussi à passer entre les gouttes car nous avons pu organiser notre festival début octobre et donc maintenir quelques activités. Depuis le 2ème confinement en novembre, nous avons même pu continuer des projets d'actions culturelles, notamment avec Mathieu Barbance, un musicien qui est intervenu dans une école de Menetou-Salon. Ce projet s'est lancé pendant le confinement, avec un spectacle-concert dans l'école. Les interventions en milieu scolaire sont encore autorisées donc cela fait du bien au moral. Puis fin décembre, nous avons aussi fait de la livraison de spectacles au pied de la porte. Il y avait autant de musique que de théâtre, de spectacle vivant. Sur un principe de commande, les gens offraient cette petite capsule à leur entourage. Nous avons fait un week-end de 35 livraisons, dans la commune et aux alentours. Ce projet a fait beaucoup de bien, à l'équipe artistique mobilisée, mais aussi à nous équipe du Carroi et aux personnes qui étaient destinataires de ces livraisons.


> Quel est ton ressenti face à cette crise ? Arrives-tu à être sereine ?

C'est les montagnes russes. La reprise en janvier a été très dure. Il a été difficile de se motiver. Et il est compliqué d'être optimiste, surtout quand de nouvelles informations s'ajoutent tous les jours, notamment avec les variants. Cela devient dur sur la durée. Jusqu'ici nous avions réussi à tenir, notamment avec la poursuite de l'action culturelle. Nous avons également repris les ateliers pour enfants la première semaine de janvier, la deuxième semaine nous avons été contraints de les déplacer à cause du couvre-feu et nous avons basculé sur le mercredi. Et malgré le flou actuel, nous maintenons. Mais nous essayons aussi de modérer l'engagement que nous mettons dans les projets. Nous mettons les choses sur les rails mais sans aller trop loin, parce que devoir annuler n'est jamais agréable.


> Cette crise a-t-elle fait naître de nouvelles envies au sein du Carroi ? Des idées pour le futur ?

Nous parlions des livraisons ; nous avons pu les faire parce que nous avons un Labo au sein du Carroi, sur lequel nous associons des artistes. Nous avions déjà travaillé sur ces problématiques d'accès au public qui ne vient pas dans les salles. On se rend compte que cette piste qui était pour nous très importante dans notre projet associatif, devient celle que tout le monde creuse actuellement. Cela nous conforte dans l'idée que notre rôle est aussi celui d'aller à la rencontre des gens et que faire pour un public restreint a aussi du sens. C'est bien de remplir des salles, mais faire du petit est aussi important et permet de faire du lien. Nous n'avons pas de salle de spectacle en tant que telle, nous ne travaillons que dans des lieux non équipés, nous avons notre local de 80m2 et nous y faisions des concerts sous des petites formes, avec des jauges de 60 personnes. Aujourd'hui nous ne pouvons plus le faire et c'est embêtant. C'était la bonne dimension pour nous, à notre échelle, sur notre territoire. Cela a du sens de pouvoir réunir 60 personnes autour d'un concert, régulièrement, comme nous pourrions le faire dans un bar en ville.


> Cette crise aura également permis de réaliser l'importance de la solidarité, de l'attention portée à notre planète, aux autres.... Quel bilan aimerais-tu que nous puissions tirer de la crise ? Et quel serait ton post-COVID idéal, sur tous les sujets confondus ?

J'aimerais bien que nous changions de paradigme économique et donc de paradigme culturel aussi. Pouvoir vraiment annihiler les volontés de critères quantitatifs, de fréquentation dans le culturel. Que nous arrêtions les chiffres. Et les dossiers aussi. Remplir des dossiers est devenu mon travail actuel. Et encore, remplir des dossiers quand il y a des projets en face c'est sympa mais quand il ne se passe rien, c'est très dur.


> Le Carroi est adhérent à la Fraca-Ma. Pour toi, qu'apporte le réseau à ta structure ? Et aurais-tu envie de mettre en place de nouvelles collaborations avec d'autres structures adhérentes à la Fraca-Ma ?

Dans le Cher, les adhérents de la Fraca-Ma se comptent sur les doigts d'une main donc nous avons déjà des habitudes de travail en réseau, des habitudes de partage...  La Fraca-Ma est la première fédération à laquelle Le Carroi a adhéré très tôt. Nous avons rejoint la fédération en 2009 alors que nous avions déposé nos statuts en 2007 et à l'époque, nous n'étions pas une grosse structure. Le gros intérêt est d'être connecté à un milieu professionnel, d'être au courant, d'avoir accès à une veille et plus concrètement, le petit coup de fil pendant le confinement, pour savoir comment nous allons, la solidarité professionnelle, pouvoir partager des expériences, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, sentir que nous sommes tous dans le même bateau... C'est vrai que nous faisons partie des toutes petites structures de la Fraca-Ma et nous sommes pluri-disciplinaires donc la question de la légitimité peut se poser... mais nous nous y retrouvons pleinement dans le travail qui est fourni. Nous organisions également des Initia'Son sur le métier de musicien, en collaboration avec Emmetrop, et nous essayons de faire en sorte qu'ils subsistent quelques dates musiques actuelles dans les programmations...

 

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