Département : Loiret (45)

Catégorie : Actualité du Pôle

Rencontre avec Agathe et Marion, fondatrices d'Helium 4, structure de communication et de développement d'artistes

Rencontre avec Agathe et Marion, fondatrices d'Helium 4, structure de communication et de développement d'artistes

par Laure Clarenc - le 10/11/2020

Dans l'objectif de mettre en lumière ses adhérent(e)s et de favoriser les échanges, la Fraca-Ma lance une série d'interviews. Pour ce neuvième épisode, découvrez Helium 4, structure de communication et de développement d'artistes basée à Orléans.

> Bonjour Agathe, bonjour Marion. Pour commencer, pouvez-vous nous parler de la création d'Helium 4, votre structure de communication et d'accompagnement d'artistes ?

Helium 4 s’est créée il y a un peu plus d’un an sur Orléans. C'est une structure qui collabore avec différents acteurs de la filière des musiques actuelles. Nos activités s’axent sur deux pôles, un premier dédié à la communication et la promotion, et un second consacré à l’accompagnement et au développement d'artistes.
Pour la partie communication nous travaillons autant avec les artistes qu’avec leurs structures de développement (labels, tourneurs..) et nous intervenons principalement sur les relations presse et la communication digitale. Pour la partie développement nous avons deux artistes résidents, CTRL-Z et Roraïma et depuis peu, nous avons mis en place le dispositif Fluor. Il est destiné aux jeunes formations ayant besoin d’orientation et de conseils dans leur stratégie et leur organisation globale.

> Quel est votre parcours au sein des musiques actuelles ?

Agathe : Dès le début de mes études j’avais l’ambition de travailler dans la musique mais je ne savais pas trop dans quel domaine ni quel métier. J’ai rejoint l’association Musique et Sourire à Saint-Jean-de-la-Ruelle, organisatrice des concerts Reggae Session, puis du Reggae Session Festival à Montricoux (82). J’ai rapidement pris une place de chargée de communication. Cela m’a permis de rencontrer différents acteurs de la musique basés en région et d’intégrer d’autres structures en tant que bénévole. J’ai véritablement compris mon attirance pour ce milieu et mon envie d’en faire mon métier. J’avais une relation compliquée avec les études et à la fin de mon BTS Communication j’ai pris une année de césure qui m’a permise de voyager et de me re-inspirer. A mon retour j’ai intégré la Licence Pro MOSEL (Marketing et Communication du Spectacle, de l'Evénementiel et des Loisirs) à Montbéliard et j’ai réalisé un stage au sein du label Banzaï Lab à Bordeaux en tant qu'assistante de communication et de production. J’ai découvert le métier d’attachée de presse pour lequel j’ai eu un certain attrait, bien qu’ayant également envie de travailler dans la production de concerts, j’ai cherché à développer cette compétence. De retour à Orléans j’ai tenté de trouver un emploi dans ce domaine, mais difficilement. J’avais monté mon auto entreprise en graphisme en attendant et je commençais à travailler avec des groupes. Puis Marion et moi nous sommes retrouvées à l’Astrolabe en tant que bénévoles et nous sommes rendues compte de nos compétences complémentaires. Quasi un an plus tard, Helium 4 a vu le jour.

Marion : J’ai commencé à Nantes en étant bénévole pour Stéréolux et j’ai fait de la radio chez Radio Prun', une radio indépendante universitaire sur Nantes. J’interviewais des artistes locaux et nationaux. À côté de cela, je suivais des études dans le but de travailler dans ce secteur. Une fois installée sur Orléans, j’ai réalisé un service civique à l’Astrolabe où je travaillais sur la communication et l’action culturelle. Puis, j’ai travaillé sur la première édition du festival Hop Pop Hop et j’ai ensuite fait de la billetterie pour l’Astrolabe. Je suis restée bénévole dans la structure. J’ai toujours eu un attrait pour ce milieu et l’envie d’y travailler, c’est aussi cela qui a contribué à la naissance d’Helium 4.

> Votre structure est toute jeune, comment vous sentez-vous face à la crise sanitaire actuelle ?


En y réfléchissant, on se dit que nous préférons que cette crise vienne à ce moment plutôt qu’à une période où l’association sera plus structurée avec des enjeux financiers beaucoup plus importants. Mais à choisir, nous aurions aussi préféré que cela n’arrive pas, évidemment. Malgré tout, on se dit que nous ne sommes pas les plus à plaindre au sein de la filière. Nous essayons de rester optimiste en anticipant la suite, nous nous servons aussi de ce temps mort pour rebondir et penser à d’autres alternatives.

> Quel a été l'impact de cette crise COVID-19 sur Helium 4 ? 

Nous n'avons pas vraiment senti l'impact tout de suite, nous avons ressenti le contrecoup que récemment. Nous sentons que les projets sont freinés pour l’année à venir et que nos collaborations sont reportées à plus tard. L’ennui, c’est que nous ne savons pas combien de temps cela va durer. Cela engendre donc un ralentissement de notre développement puisque nous travaillons sur moins de projets.

> Premier confinement, deuxième confinement... Vous qui êtes en relation direct avec les artistes, pouvez-vous nous dire comment ils se sentent ? Sont-ils résignés ? Inquiets ? 

En lien avec ce que nous disions précédemment, nous avons senti les artistes légèrement frileux lors du premier confinement, mais il y avait de l’espoir, un essor de créativité. Ils étaient prêts à se réinventer et à trouver des solutions. Cependant, au fil du temps et des annonces, les artistes sont devenus plus inquiets de ne pas pouvoir jouer en live. Les livestreams ont fait leur temps et tout cela a commencé à s'essouffler. Les projets qui étaient à la base repoussés sont maintenant en stand by. Nous ressentons davantage la lassitude. Ils ne sont pas résignés mais plutôt dans l’attente, pour la plupart. D’autant plus que nous travaillons avec des artistes émergents, c'est plus compliqué pour eux et contre productif de sortir une actualité et de ne pas tourner derrière.

> Face à cette crise, avez-vous été contraintes de repenser vos stratégies de communication, d'accompagnement et de développement de vos artistes et groupes ?

Nous avons aussi repensé la stratégie d’Helium 4. Le premier confinement a pu être l’occasion d’une remise en question, nous en avons profité pour recentrer nos activités. Cela nous a permis de réfléchir et nous avons constaté qu’il y avait un besoin de la part des jeunes formations, encore trop jeunes pour travailler avec de grosses structures mais avec de réels objectifs de développement. C’est de ce constat qu’est partie l’idée du parcours Fluor.
Pour ce qui est de Roraïma et CTRL-Z, nos artistes résidents qui avaient des sorties prévues, nous avons effectivement dû repenser les stratégies et repousser les projets à une période plus propice. La communication a dû s’adapter également.
Lorsque les artistes décident de maintenir leurs sorties la stratégie de communication est repensée également mais la base reste la même, ce qui nous permet d’être plus libres.

> Quel est le bilan de votre première année d'existence ? De nouveaux projets ont-ils émergés ?

Pour cette première année, malgré cette crise nous sommes globalement très contentes de notre évolution. Nous avons su nous remettre en question et agir en fonction de ce qu’il se passait. De plus, nous avons élargi notre réseau et nous sommes de plus en plus identifiées dans la région. Dès le début nous avons été très bien accueillies par d’autres structures plus anciennes qui nous ont bien aidé à évoluer. Ils nous ont pris sous leurs ailes et nous en sommes très reconnaissantes.
La parcours Fluor a donc émergé cette année, pour les nouveaux projets et nous sommes en réflexion sur de nouvelles propositions mais c’est encore classé top secret. Quoi qu’il en soit, si nous passons au dessus de cette crise, nous pourrons tout affronter ensuite !

> Quel serait votre post-covid idéal, dans tous les domaines ? Nous entendons beaucoup parler de solidarité, de retour à la simplicité... Que souhaiteriez-vous voir perdurer, (re)naître... ? 


Marion : Ce serait de pouvoir refaire une bonne soirée techno pour commencer. Et ensuite oui, que l’on puisse garder en tête tous les bons côtés que cette crise a eu. Un retour aux sources et à l’essentiel, prendre son temps et apprécier les choses simples, être solidaire envers les autres. Cela peut paraître assez bateau mais c’est important d’avoir tout cela en tête avant d’être repris par le tourbillon de la vie. Nous avons tendance à vite oublier une fois que les choses reprennent leur cours.
Cette situation a permis aussi de se poser des questions et peut-être de sortir de certaines zones de confort dans certains secteurs, il pourrait être cool de continuer sur cette lancée.

Agathe : En tant qu’écolo, j’ai tendance à penser que c’est l’activité humaine qui nous a conduit à cette crise. Et j’en passe sur les dérèglements climatiques, les problèmes sociaux et économiques auxquels nous sommes confrontés. J’en attends surtout plus d’écoute et d’attention sur ce qui se passe autour de nous et dans le monde ; plus de minimalisme aussi dans les actions. Recentrer nos activités sur des besoins essentiels et enrichissants. J’espère que nous ne répéterons pas les mêmes erreurs, et que nous saurons changer ce qui doit l’être, en vraiment mieux et pas à défaut de trouver mieux. J’espère que nous pourrons voir un engouement partout pour la Culture avec un magnifique essor de festivals et de concerts pour fêter la fin de cette crise. Et enfin que le gouvernement accordera à tout le monde deux semaines de vacances supplémentaires exceptionnelles pour nous remettre de nos émotions (et de la gueule de bois).

> Vous avez récemment intégré la Fraca-Ma. Que représente pour vous l'intégration à une fédération régionale ? Souhaiteriez-vous collaborer avec d'autres structures régionales ? Quelles sont vos attentes vis à vis du réseau ?

Nous sommes ravies de cette intégration. Nous y pensions depuis le début. Cela nous semble primordial d’intégrer des réseaux dans ce milieu, pour rencontrer des acteurs et compléter des besoins. La Fraca-ma est un réseau de 20 ans avec des structures bien implantées qui sont parfois des modèles pour nous et qui ont de l’expérience à partager. Nous espèrons pouvoir aussi apporter notre pierre à l’édifice. Nous savons déjà que nous allons passer de bons moments constructifs mais aussi festifs ! Bien entendu, l’idée est de pouvoir collaborer avec d’autres structures. Nous sommes déjà dans cette démarche et pouvoir travailler main dans la main avec d’autres acteurs régionaux est très important pour pouvoir constituer une bulle en 360 autour de l’artiste. C’est également en travaillant ensemble que l’on évolue. Comme disait ce proverbe africain, si tu veux aller vite marche seul, si tu veux aller loin marche en groupe.

 

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