Département : Indre-et-Loire (37)

Catégorie : Autre

Rencontre avec Thomas Manceau, manager et booker d'artiste chez Konsato Music

Rencontre avec Thomas Manceau, manager et booker d'artiste chez Konsato Music

par Laure Clarenc - le 30/06/2020

Dans l'objectif de mettre en lumière ses adhérent·e·s et de favoriser les échanges, la Fraca-Ma lance une série d'interviews. Pour ce quatrième épisode, Thomas Manceau revient sur la création de Konsato Music, structure de management et de booking d'artiste créée avec Gaëtan Tertrin. Il nous parle également de son parcours personnel, de futurs projets et de l'après Covid.

   > Bonjour Thomas. Tu travailles pour Konsato Music, une structure de management et de booking d’artiste basée à Tours. Depuis quand existe la structure ? Peux-tu nous en parler davantage ?

La structure existe depuis avril 2019. Elle a un peu plus d'un an et a été créée par Gaëtan Tertrin et moi-même. Cela faisait quelques années que nous travaillions à L'Autre Distribution, structure emblématique de distribution de disques pour les labels indépendants et nous pensions avoir fait le tour de ce que nous pouvions y faire. Il y avait également une volonté de notre part de davantage travailler autour du spectacle vivant et de l'accompagnement d'artiste, pour aller au coeur des projets avec les musiciens et construire avec eux. Alors nous avons pris la décision de partir de L'Autre Distribution et de monter cette structure d'accompagnement d'artiste. Nous évoluons dans un secteur assez concurrentiel, mais la région Centre-Val de Loire est en déficit de structures comme la nôtre. Alors nous nous sommes dit que c'était le moment de le faire et nous nous sommes lancés.

> Comment sélectionnez-vous les artistes qui rejoignent votre catalogue ? Ce ne sont pas forcément que des groupes de la région ?

Plus de 3/4 des groupes de notre catalogue sont des groupes de la région. Nous regardons surtout ce qu'il se fait en local. Par exemple, un soir je rentrais de L'Autre Distribution, j'écoutais Radio Béton et j'ai entendu un des titres des Stuffed Foxes, issu de leur premier EP. J'ai trouvé le son vraiment super et je les ai contacté. Cela s'est fait assez simplement. Ce n'est pas difficile de voir ce qu'il se fait en région, en écoutant les bonnes radios comme Béton et en activant le réseau que nous avons. Nous avons rencontré notre groupe Rank-O parce qu'il faisait la première partie des Altin Gün au Temps Machine, il y a deux ans. Pour Grauss Boutique, Gaëtan connaissait bien Stephane Babiaud, le batteur, également batteur d'EZ3kiel.

> À titre personnel, as-tu toujours eu envie de travailler dans les musiques actuelles ?

Oui. Au début je comptais partir dans le social puis j'ai fait du bénévolat dans des festivals, notamment au festival Pad'non à Loches (37), monté en partie par mon ami Steve Gabrot. Je me suis rendu compte que je voulais travailler dans ce secteur donc je me suis formé. J'ai fait un master 1 en administration de la culture à Evry et un master 2 en management et carrière d'artiste à Lyon. Puis j'ai commencé à travailler, faire des stages, des missions chez des tourneurs à Paris, dans des associations locales à Strasbourg... Mais ce n'était pas évident, ce n'est pas un secteur qui recrute énormément. En 2015, j'ai intégré le service culturel de la mairie de Monts (37) pendant un an. J'ai notamment travaillé comme programmateur de la salle Jean Cocteau. Puis j'ai été embauché à L'Autre Distribution en février 2016. Pour mon collègue Gaëtan Tertrin, le chemin est un peu identique. Il a été à la fois commercial et directeur artistique musiques actuelles à L'Autre Distribution. Il a lui aussi baigné très tôt dans le secteur des musiques actuelles. C'est donc tout naturellement que nous avons monté Konsato.

> Nous faisons face à une importante crise liée au Covid-19. Quels ont été les impacts directs de cette crise sur Konsato Music ? La structure a-t-elle été mise à l'arrêt ? Combien de dates avez-vous dû reporter ?


La structure avait un an quand la crise a débuté et nous commencions tout juste, notamment grâce à Stuffed Foxes et à Rank-O, à être reconnus dans le secteur des programmateurs. Après les Bars en Trans en 2019, nous commencions à avoir des mails entrants de la part de programmateurs intéressés par nos groupes. Et nous avions en ligne de mire les Inouïs du Printemps de Bourges, pour lesquels les Stuffed Foxes ont été sélectionnés, qui auraient pu nous permettre d'avancer et de passer un nouveau cap. Donc effectivement la crise nous a coupé en plein élan, avec de mars à juillet/août une trentaine de dates annulées. Nous espérons qu'une majorité des dates sera reportée, notamment celles des festivals. Et nous espérons vraiment retrouver ce début de reconnaissance auprès des programmateurs, que nos groupes pourront revenir sur le devant de la scène. D'un point de vue économique nous avons été assez peu impactés, parce que nous avions peu de frais engagé.

> Vous travaillez directement avec des artistes. Comment la crise a-t-elle été gérée, vécue par vos artistes en management ou ceux pour lesquels vous faites du booking ? Notamment les Stuffed Foxes, qui avaient des projets sur le feu comme leur sélection aux Inouïs du Printemps de Bourges.

Les Stuffed Foxes ont continué à travailler et ont produit une vidéo pour le Printemps Imaginaire, qui a été très bien reçue, notamment par les Inrocks qui ont écrit un bel article dessus. C'est une crise exceptionnelle pour tout le monde, artiste ou non. Tout le monde l'a assez bien pris, nous étions tous dans le même panier. Il y avait beaucoup de résignation mais assez positive. Même s'il est vrai que les intermittents qui venaient de boucler leur intermittence avaient davantage de souplesse que les primo-entrants. Mais la majorité de nos artistes me paraissaient assez sereins.

> À l'heure du déconfinement et de la reprise comment cela se passe-t-il pour vous ? Avez-vous pu relancer votre activité ?

Pendant les deux mois de confinement notre activité a vraiment été mise en stand-by. J'avais fait des demandes de chômage partiel au mois de mai quand l'activité a commencé à reprendre. Depuis je me suis remis sur les dossiers administratifs, notamment les Cap Asso et les appels à projet du contrat de filière. Nos activités d'accompagnement et de booking ont repris il y a 15 jours. Nous remarquons également que les programmateurs commencent à recaler des événements sur l'automne.

> Depuis l'arrivée de cette crise, est-ce que vous avez de nouveaux projets pour Konsato Music ?

Nous avions déjà en tête l'idée d'essayer de se diversifier, notamment pour pérenniser notre structure. Economiquement, faire de l'accompagnement et du booking est assez dur, donc nous envisagions de nous diversifier dans la prestation de service et dans l'action culturelle. Nous avons plein d'idées. Le fait qu'il y ait eu le COVID-19 a probablement accéléré cette idée.

> Quand tu parles d'action culturelle, tu penses à la mise en place d'actions au sein d'écoles, auprès des publics éloignés... ?

Nous sommes encore au balbutiement de cette réflexion. Nous avons sondé certains de nos artistes qui semblent partants. Nous avons également rencontré différentes acteurs régionaux, dont Adeline Robin d'Another Record et Jocelyn Borde de Figures Libres. Nous en sommes vraiment au début et je pense que nous allons essayer de toucher différents publics : écoles, prisons... Mais pour le moment c'est difficile à dire.

> À titre personnel, quel serait le post-covid idéal pour toi (tout domaine confondu) ?

J'ai plutôt bien vécu la période de crise parce que ce fut l'occasion de me retrouver avec mes proches, même si je n'ai pas besoin du Covid pour ça. Je suis quelqu'un qui prône le bien être, le bien vivre ensemble, le social, l'humain donc effectivement cette crise a fait naître de bonnes choses pour certaines personnes qui ne pensaient qu'au travail, par exemple. J'espère également que la crise fera naître des vocations plus humanistes, plus sociales, plus égalitaires... Cependant je suis assez septique sur le fait que les comportements changent sur le long terme, notamment en ce qui concerne l'écologie. Nous avons bien vu que la nature a vite repris ses droits dans différents endroits. J'ai vraiment envie que le Covid ait cet impact positif sur les gens en terme de mentalité, que les personnalités changent au niveau social et écologique. Ma famille et moi-même étions déjà assez sensibilisés à toutes ces questions : nous utilisons peu de plastique, nous pensons plutôt au bien-vivre que de rechercher la consommation à tout prix.... Donc nous allons perdurer dans ce sens et j'espère que cela aura entraîné une prise de conscience chez d'autres personnes.

> Il y a de nombreuses initiatives qui naissent dans le secteur culturel, dans le spectacle vivant, autour de ces questions de développement durable, d'écologie... Comme par exemple le label Yotanka qui a mis en ligne un communiqué pour expliquer différentes actions que l'équipe allait mettre en place désormais, ou encore Terres du Son qui est un festival labellisé éco-festival... Comment vous situez-vous chez Konsato ?

En tant qu'acteur culturel nous avons une responsabilité par rapport à cela. Nous sommes dans un secteur assez polluant, que ce soit avec les gobelets des festivals, notre consommation d'énergie, les affiches que nous produisons, les mails que nous envoyons.. Avec Gaëtan nous sommes très sensibles à cela et nous y faisons attention chaque jour dans notre fonctionnement. Au quotidien, nos bureaux se trouvent chez moi, Gaëtan vient à vélo, notre matériel informatique et notre équipement sont de seconde main... Nous avons très à coeur d'être dans une logique de développement durable. Ce n'est pas parfait : nos artistes partent en tournée, ils utilisent un camion et du gazoil... mais nous faisons de notre mieux.

> Voudrais-tu ajouter quelque chose ?

Nous avons à coeur de nous développer en région, de nous faire connaître localement et en région. Nous sommes très heureux d'être soutenus par la Fraca-Ma. Les aides, les rencontres, les différents dispositifs mis en place ont vraiment été d'un grand soutien pour nous. Nous souhaitons vraiment travailler main dans la main avec les acteurs régionaux et nous le faisons déjà avec Un je ne sais quoi, LyloProd, Another Record et le Capsul Collectif. Nous avons vraiment à coeur de nouer des partenariats avec les structures implantées dans la région pour que le secteur puisse vivre. Et si les acteurs ont besoin de quelque chose, nous sommes là pour les aider. Notre porte et notre téléphone sont ouverts.

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