Département : Cher (18)

Catégorie : Autre

Rencontre avec Pierre-Henri Jeannin, membre du directoire et programmateur d'Antre Peaux (ex-Emmetrop)

Rencontre avec Pierre-Henri Jeannin, membre du directoire et programmateur d'Antre Peaux (ex-Emmetrop)

par Laure Clarenc - le 16/06/2020

Dans l'objectif de mettre en lumière ses adhérent(e)s et de favoriser les échanges, la Fraca-Ma lance une série d'interviews. Pour ce troisième épisode, Pierre-Henri Jeannin explique la création d'Antre Peaux, partage son sentiment face à la crise Covid-19 et explique son départ prochain.


> Bonjour Pierre-Henri, tu travailles chez Emmetrop / Antre Peaux, une association berruyère pluri-disciplinaire qui programme des concerts, des spectacles de danse et de théâtre, organise des ateliers, des expositions… Peux-tu nous parler de ton parcours et de ton travail au sein de la structure ?

Je suis arrivé chez Emmetrop en novembre 2009, période de mon déménagement en Touraine. Je suis originaire d’Auxerre, dans l’Yonne mais j’arrivais de Belgique, où j’ai travaillé pendant plusieurs années pour le Dour Festival. En arrivant en Touraine, j’ai recherché du travail dans la musique et dans le spectacle. Entre temps j’avais travaillé pour le festival Aux Zarbs à Auxerre, devenu Catalpa depuis. J’avais étudié le concept des friches culturelles pendant mon DUT Gestion d’action culturelle à Bordeaux, notamment La Belle de Mai à Marseille et le Confort Moderne à Poitiers et j'ai découvert cette friche artistique à Bourges.
Concernant l'association Emmetrop, elle est née en 1984 mais s’est installée sur cette ancienne friche industrielle dans les années 90. À l’époque, cette friche appartenait aux ateliers Leiseing, des entreprises du bâtiment, partis depuis 10 ou 20 ans. J’ai été très surpris en découvrant le site, ses studios de répétition, sa salle de concert, son lieu d’exposition d’art contemporain. Emmetrop commençait déjà à organiser des événements en théâtre et en danse et agissait dans le quartier prioritaire de Bourges, dans le cadre des politiques de la Ville. Tout cela m’a épaté et j’ai postulé. Mon CV a retenu l'attention des fondateurs qui m’ont recontacté en septembre 2009. J’ai commencé en novembre au poste d’assistant administratif, en contrat aidé à 26h par semaine, pendant 2 ans. Par le passé, je participais à la programmation du Dour Festival sur le reggae et la musique world, alors on m’a proposé d’organiser une première soirée ici. J’ai fait une soirée dub, nous avons enlevé toute la scène du Nadir, augmenté la jauge et fait un dub corner comme cela se fait au carnaval de Notting Hill, en Angleterre, avec la sono artisanale berruyère Dawa Hifi. Cela a marqué le début de nos soirées dub. Puis l’une des fondatrices, Frédérique Marciniak, qui faisait la programmation musicale en collaboration avec Shoï, l’ancien programmateur de l’Astrolabe à Orléans, s’est concentrée un peu plus sur la danse et le théâtre. De fil en aiguille on m’a proposé de reprendre toute la programmation musicale et donc de tout ré-internaliser. Puis, en plus de la coordination du secteur musique et la programmation du Nadir, j'ai repris les ressources humaines suite au départ d'une des fondatrices également co-directrice, Nous avons mis en place un directoire de 4 personnes, dans le but d’écraser la pyramide hiérarchique et d'horizontaliser la prise de décision.

> Tu quitteras bientôt la structure pour aller vers de nouveaux horizons. Comment te sens-tu ? As-tu des souvenirs marquants en lien avec Emmetrop/Antre Peaux à nous raconter ?

C’est la première fois que je reste aussi longtemps dans une même structure. Cela prouve que je me sentais vraiment bien ici. Mon départ a été acté dès la fin de saison dernière. À la rentrée on s’était mis d’accord pour que je fasse la saison et que je parte. Je pars en toute amitié avec cette association et je pense que je continuerai à donner des coups de main, peut-être dans le conseil d’administration ou pour faire des propositions pour la programmation.

Ces 10 années passées au sein de l’association m'auront offertes de nombreux souvenirs. J’ai rencontré beaucoup d’artistes, parrains de la friche : Virginie Despentes, Fantazio, côté art contemporain il y a Claude Lévêque, mais aussi Béatrice Dalle, Jean-Claude Dreyfus… Je conserve également de bons souvenirs des coopérations internationales avec la Mauritanie et l’Inde, entre autres. Il y a aussi le premier dub meeting et notre concert de La Colonie de Vacances pendant le Printemps de Bourges. C’était notre première soirée en « In » avec le festival. Je pense aussi aux concerts que nous avons organisé au pied levé au lendemain des attentats au Bataclan. Nous avons programmé un live avec des groupes locaux comme Monde de Merde. C’était poignant et émouvant. En souvenir plus récent, je pense à Dub Love, un spectacle de danse que nous avons fait pour la réouverture avec le chorégraphe François Chaignaud, qui mêlait dub avec sono et danse contemporaine. L’année dernière nous avons aussi accueilli pour la première fois le festival Cosmic Trip qui se déroulait auparavant au Palais d’Auron. En 2014 nous avons également fêté les 30 ans de l’association et les 50 ans du quartier prioritaire de la Chancellerie à Bourges avec le Halla Là Fiesta, un festival créé pour l’occasion et dans le but de remémorer les années 90 dans ce quartier. Sans oublier l'organisation de spectacles qui croisent les pratiques: musique, danse, théâtre, performance, art contemporain…. Nous avons parfois fait des croisements originaux et un peu impromptus, avec des publics étonnés des propositions. Cela fait aussi partie des plaisirs du métier : voir les gens sourire, être étonnés…




> Qui prendra la suite après ton départ ?

Nous prévoyons d’embaucher un administrateur pour la partie direction et ressources humaines, quant à la coordination du secteur musique, elle sera confiée à Nicolas Moreau. Celle-ci comprend tout ce que nous faisons en musiques actuelles, à savoir la gestion des studios de répétition avec les dispositifs d’accompagnement tels que le Propul’Son et l’Usina-Son On Stage, notre propre dispositif d’accompagnement qui aide aux premiers pas à la scène. Mais également les résidences de production et de création. Nicolas va aussi reprendre le dialogue avec les associations locales. Nous faisons beaucoup de co-productions, de locations et nous essayons aussi de mettre à disposition du plus grand nombre les outils que nous avons obtenu, après bataille. J'avais également pour objectif de retravailler avec Cosmic Trip, le Sous Off qui oeuvre dans les bars, le festival de BD pour faire des concerts dessinés, de travailler avec des associations plutôt techno ou Dub ou encore avec Faut qu’ça Bourges qui collabore avec des publics assez jeunes, et le Grand Barbichon pour les musiques traditionnelles. Nicolas va reprendre tout cela et aussi faire la programmation et la planification des concerts. La salle peut aussi servir au théâtre et à la danse… donc il faut penser à la logistique, au démontage, au remontage. Nicolas est plutôt musicien et amateur de musiques extrêmes : rock, hardcore, métal donc il va continuer sur ces esthétiques et nous réfléchissons à travailler avec un ou deux programmateurs extérieurs, sur les concerts « coeurs de cible », inter-générationnels, qui rempliraient la salle. Je continuerai peut-être à faire quelques propositions pour le reggae, le dub, un peu de hip hop, de la techno. J’avais préparé toute la programmation de rentrée, mais il y a malheureusement beaucoup de reports de ce que je voulais faire sur ce dernier trimestre de ma carrière ici.


> L’association Emmetrop est récemment devenue Antre Peaux, peux-tu nous parler de ce changement, des raisons de ce changement et de ce qu’ils impliquent ?

Nous avons réorganisé toute l’association Emmetrop en créant une nouvelle structure qui s’appelle Antre Peaux, qui est aussi le nom du lieu où nous travaillons. À la base, il y avait cinq associations sur cette friche, dont une école de cirque qui a déménagé. Nous nous sommes finalement retrouvés à deux associations, avec Bandits Mages, qui travaille sur le cinéma, le multimédia et les arts visuels. Il y a quelques années, nous avons fait réhabiliter notre centre d’art Transpalette et nous avons connu une deuxième tranche de travaux en 2018, avec la création d'une salle de danse et d’autres équipements (salle pédagogique, salles de réunion, une nouvelle cuisine…), il était devenu logique de fusionner dans le but de mutualiser les équipements. Les deux associations utilisaient des espaces communs, des bureaux… et les re-facturations d’espace, d’électricité, de gaz, de chauffage etc devenaient compliquées. Les partenaires financiers souhaitaient également ce rapprochement, comme nous avons des esthétiques proches, mais ils n’osaient pas nous soumettre l’idée parce qu’ils connaissent notre envie d’indépendance. Le rassemblement des deux associations a été ralenti par la crise du COVID-19, mais l’idée est vraiment de fusionner et de mutualiser les services de communication et d’administration, de régie technique pour faire des économies structurelles et les réinjecter dans l’artistique et dans les ressources humaines parce qu’ici les salaires sont assez bas. Le but est donc d’augmenter les salaires de ceux qui ont des responsabilités, d’embaucher un administrateur général qui reprendra en charge toute la partie ressources humaines et d’essayer d’atténuer l'aspect multi-casquettes des salariés. Plus qu'une simple fusion, il s'agit d'une dissolution-absorbtion : l’association Bandits Mages va se dissoudre et nous allons hériter des actifs et passifs. Nous gardons la plus grosse des deux structures pour conserver son n° de SIRET, ses licences d’entrepreneurs du spectacle etc. C’était la solution la plus simple.

> La structure a directement été impactée par la crise sanitaire liée au COVID-19, puisqu’elle a été complètement mise à l’arrêt en mars dernier. Quels sont tes sentiments face à cette crise et à cet arrêt brutal imposé ? Et quels ont été les impacts directs sur la structure ?

Nous avons compris la situation assez vite et les risques sanitaires étaient évidents. Avant même le 17 mars, nous avons préféré ne pas faire monter sur scène un groupe italien qui venait jouer. On l’a accueilli, hébergé mais nous n’avons pas pris le risque de le faire jouer. Les réactions au sein de l’équipe ont été différentes. Certains avaient plus peur que d’autres, mais on a effectivement tout mis à l’arrêt. C’était une situation assez particulière. Nous avons découvert ce qu’était le chômage partiel, que nous avons activé assez vite, parce que cela semblait être la solution la plus rapide et la plus efficace pour préserver un peu de trésorerie. Ensuite nous avons suivi les informations du gouvernement. Mais entre les effets d’annonce, la mise en place de décrets, la compréhension que nous en avons… les choses sont compliquées. Nous avons assisté à l’avant-dernier discours d’Emmanuel Macron de manière assez interloquée et maintenant nous attendons de pouvoir nous projeter un peu plus, notamment pour savoir ce que nous pourrons faire en septembre. C'est dommage, sachant que d’autres secteurs ont eu des réponses un peu plus rapidement, notamment concernant la circulation des TGV qui a repris avec un remplissage complet sur des Paris-Marseille de 5 heures ou encore le Puy de Fou. Je n’ai rien contre eux, mais il faudrait simplement qu’il n’y ait pas deux poids deux mesures et que nous puissions comprendre ce que nous pouvons faire, sans avoir l’impression d’être la 5ème roue du carrosse.


> À l’heure du déconfinement et de la reprise progressive de l’activité, comment cela se passe-t-il pour Antre Peaux ? Avez-vous pu reprendre des activités ?

Nous avons repris l’exposition qui s’était arrêtée brutalement en mars et nous avons décalé plusieurs autres expositions sur les années suivantes, parce que les grosses expositions d’art contemporain mettent du temps à s'organiser. Nous avons également repris des répétitions de danse dans notre salle « Corps » et les résidences de musique. Nous avons le groupe The Buxom Blade qui joue au Nadir actuellement, et cela fait plaisir de réentendre un peu de son dans la salle, de voir des techniciens s’activer. Nous espérons aussi pouvoir faire une petite fête pour clôturer la saison, fin juin ou début juillet, dans notre cour. Nous avons la chance d’avoir un extérieur qui se ferme donc on pourra surveiller la jauge, redonner les consignes sanitaires, distribuer des masques si besoin. Nous avons envoyé à la Ville notre plan de reprise d’activité avec les mesures sanitaires prises mais elle n’a pas encore répondu. Il y a un abandon de l’Etat vers les collectivités locales, qui font ce qu’elles peuvent, alors que nous sommes en période d’entre-deux tours électoral, ce qui complexifie la situation. Nous avons également pris contact avec la préfecture dans le but d’avoir un accompagnement. Si ce n’est pas possible nous avancerons sur ce que nous pensons être juste et sanitairement acceptable. Mais nous aimerions, pour une première diffusion publique fin juin, début juillet, avoir des consignes précises. Dans les conditions et préconisations actuelles pour les diffusions en salle nous ne ferons pas cette soirée. Ce n’est pas pour des raisons de rentabilité parce que nous sommes bien financés par les collectivités locales, mais plutôt pour des raisons d’ambiance. La distanciation sociale n’est pas notre métier. Nous sommes à 60% sur du rapprochement social, entre les gens, les artistes, le public. La Laiterie à Strasbourg a fait le test et je les salue d’avoir essayé pour nous montrer que ce n'était pas viable. Cela a permis à des artistes de faire des cachets donc c’est positif. Cela soulève aussi une autre inquiètude, celle que nous avons pour les primo-entrants dans l'intermittence, malgré l’année blanche annoncée pour ceux déjà dans le système. Certains artistes que nous accompagnons ont fait beaucoup d’heures sur une courte période puis d’un coup tout s’est arrêté et ils n’ont plus aucune visibilité sur leur cas précis de primo-entrant. Le Ministre et le Président ont aussi parlé de culture à l’école, chose que nous essayons de faire depuis des années, mais les artistes ne peuvent souvent pas faire de cachet sur leur intermittence en intervenant à l’école. Alors nous sommes dans l’attente de ce que demanderaient des chefs d’établissement. Pour l’instant la situation dans les écoles est compliquée aussi, donc les demandes ne se bousculent pas. Mais nous serons disponibles dès la rentrée et sur juillet-août si besoin. Nous sommes aussi inquiets pour l’occupation des jeunes cet été. Il y aura surement moins de départ en vacances, les jeunes vont rester à Bourges mais beaucoup d’activités comme Un été à Bourges sont supprimées alors qu’à l’inverse nous venons d’apprendre que la fête foraine aura bien lieu… On est encore face à un deux poids-deux mesures complexe, sans aucune animosité pour les forains, qui doivent être aussi dans une situation délicate depuis le confinement. Je ne sais pas si c’est parce que nous n’arrivons pas à faire assez pression, nous sommes peut-être trop gentils, on devrait peut-être se révolter un peu plus.
Mais il y a aussi eu du positif dans cette situation. Nous avons pu travailler sur le rassemblement des deux associations de manière plus sereine, rattraper le retard que nous avons tous dans nos lieux. Nous avons pu relever la tête du guidon et envisager plus posément mon départ et prendre le temps de réfléchir à la politique musicale de l’association. Nous avons également pu faire l’inventaire du matériel des deux associations plus tranquillement. Je pense aussi aux discussions que nous pouvons avoir dans les réseaux, au sein de la Fraca-Ma par exemple, mais aussi dans les réseaux plus informels, entre salles de concert, en région, à l’échelle nationale. La crise nous a vraiment permis de prendre le temps de discuter davantage. Je note également que les grosses salles, notamment du côté de la Fédélima, la fédération nationale des lieux musiques actuelles, se posent à nouveau les bonnes questions concernant la course aux grosses têtes d’affiche. Antre Peaux n’a pas de label donc n’a jamais été sur cette course. Nous avons des budgets assez restreints alors nous travaillons beaucoup avec notre territoire, ce qui ne nous empêche pas de faire venir des artistes nationaux ou internationaux régulièrement. Les directeurs de SMAC se posent la question du re-localisme, à l’image de ce qui s’est passé pendant le confinement au cours duquel la population est revenue vers de la consommation plus locale. C’est bénéfique.


> Quel serait pour toi le post-covid idéal ? Qu’aimerais-tu voir naître, ou perdurer… ?

J’aimerais que nos métiers soient un peu plus reconnus et que tous les points positifs énoncés juste avant perdure. J’aimerais que nous puissions avancer sur les sujets des artistes à l’école, en atelier, en workshop, pour lesquels ils n’arrivent pas à faire de cachet pris en compte par l'intermittence. J’aimerais bien que ces derniers puissent mieux vivre de la transmission. Tous les artistes ne savent pas le faire, ne le font pas mais il y en a qui le font bien et qui malheureusement ne peuvent pas toujours en vivre. Je serais ravi que le rapport avec l’Education Nationale puisse se simplifier et que le rôle social de nos métiers progressent. On nous demande aussi de parler de démocratie, de lutter contre les discriminations etc, on y arrive aussi par le biais de la culture et de l’art… malheureusement les lignes « culture » ont souvent été réduites voire ont disparud es politiques culturelles des Villes alors que je pense que nous avons un vrai rôle social dans les quartiers ; un rôle que j’aimerais voir émerger davantage. J’ai l’impression que notre Président a découvert que nous faisions des interventions en école, en disant que si nous arrivions à mettre les enfants devant une répétion de concert nous les rendrions heureux mais c’est une chose que nous faisons depuis plus de 20 ans. J’aimerais qu’il se rende un peu plus compte du rôle social et de ce que nous faisons déjà, même si ce n’est pas forcément visible. La population pense que nous faisons surtout de la diffusion alors que nous menons aussi des actions avec les écoles, les collèges et lycées de Bourges, les centre médicaux sociaux, les EPHAD… Le gouvernement nous incite aussi à aller chercher d’autres publics, chose que nous faisons énormément grâce à un service des publics. Nous avons des médiateurs dans chaque domaine artistique. Nous essayons vraiment d’expliquer nos métiers, de susciter des vocations. Personnellement, j’ai appris très tardivement que je pouvais vivre de la musique, mais aujourd’hui il y a davantage de formations donc cela se sait plus mais pas encore suffisamment.
Pour terminer, j’espère aussi que nous éviterons le syndrome de nosophobie, qui fait que les gens ont peur et restent chez eux. Même si à l’heure actuelle la situation dans les bars et les restaurants semble positive, je pense que nous ne voyons pas tout ceux qui restent chez eux… Alors même si nous pouvons reprendre nos activités sur des jauges normales, des fonctionnements normaux, j’ai peur qu’il y ait des gens qui n’osent pas sortir. Il y aura un gros travail pour aller chercher ceux qui ont peur de se mêler au public, aux foules.

 

La playlist de Pierre-Henri Jeannin

Voir aussi dans l'annuaire :

  • Antre Peaux

« article précédent article suivant »