Département : Eure-et-Loir (28)

Catégorie : Autre

Rencontre avec Léo Brou, président de l'association Les sons du sous-sol, adhérente à la Fraca-Ma

Rencontre avec Léo Brou, président de l'association Les sons du sous-sol, adhérente à la Fraca-Ma

par Laure Clarenc - le 02/06/2020

Dans l'objectif de mettre en lumière ses adhérent(e)s et de favoriser les échanges, la Fraca-Ma lance une série d'interviews. Pour ce second épisode, découvrez l'association eurélienne Les sons du sous-sol et son président Léo Brou.


> Bonjour Léo, tu es le président de l’association eurélienne Les sons du sous-sol, qui organise notamment le festival L’Paille à Sons au mois de juin, à Chartres. Peux-tu nous parler de toi, de qui tu es, de ton parcours et de la création de l’association ?


Je viens de Chartres et j’ai également vécu à Tours, où j’ai fait des études d’anglais. J’ai eu une éducation scolaire classique et j’ai aussi eu la chance d’avoir une bonne éducation culturelle grâce à mon entourage. Je me suis intéressé assez jeune à l’art et à la culture. Et les camarades de l’association, qui sont principalement issus d’un cercle d’amis créé au lycée à Chartres, ont eu une éducation assez similaire. On a donc créé Les sons du sous-sol ensemble. Cette association m’a notamment permis de faire une VAE dans la médiation culturelle après mon master d’anglais. Aujourd’hui je suis qualifié dans ce domaine. J’ai travaillé à la librairie de Chartres et je suis actuellement à la recherche d’un emploi.

> Depuis quand existe l’association ? Menez-vous d’autres projets que le festival L’Paille à Sons ?

L’association existe depuis août 2014. Avec les amis du lycée nous avions fait notre assemblée générale constitutive dans une chambre d’ado. L’association a mené plusieurs projets qui ont toujours changé en fonction des envies que nous pouvions avoir et des opportunités qui s’offraient à nous. Durant les quatre premières années d’existence de l’association, celle-ci avait été labellisée « association étudiante » par l’Université de Tours, ce qui nous a permis de faire quelques passes d’arme sur le territoire tourangeau avec des soirées à la maison des étudiants, ou d’autres projets en lien avec le service culturel de l’Université des Tanneurs et la salle Thélème. Nous avons également collaboré avec la Compagnie Off, qui est une belle compagnie d’art de rue résidente du Point H^UT avec le pOlau, le pôle des arts urbains de Tours. Nous avons eu la chance de faire une soirée pluri-artistique dans ce très beau lieu de création, avec la participation du groupe tourangeau LVOE.
À Chartres, nous travaillons beaucoup avec le foyer d’accueil chartrain, l’ArrOndi, l’association La Machine, Splitzer, Les Lapins de Six Semaines… On essaye toujours de faire des choses ensemble quand nous le pouvons. Ce sont surtout des événements avec des petites jauges car nous n’avons pas forcément de lieu adapté à la diffusion.

> Vous avez mené des projets à Tours, votre festival l’Paille à Sons a lieu à Chartres… Aujourd’hui, vous vous situez où ? Vous envisagez de vous recentrer sur le 28 ?

C’était agréable d’avoir ces deux territoires parce qu’en tant qu’étudiant on voyait très bien les liens entre Tours et Chartres. Chartres n’est pas une ville étudiante et les jeunes partent. Beaucoup vont à Paris, d’autres à Orléans et de nombreux autres vont à Tours. Nous avons voulu tisser un lien. Le festival L’paille à Sons à toujours été le plus gros projet de l’association et d’une certaine manière ce pourquoi l’association existe. Donc le territoire eurélien est particulier pour nous. Mais on est enclin à travailler sur d’autres endroits et là où le vent nous mène. Jusque là c’était plus simple de travailler à Tours parce que nous y vivions. Aujourd’hui on se focalise sur le 28 parce que nous y sommes. Cela fait 2 ans et demi que l’association n’a rien fait en dehors de Chartres.


> Cette année, l’Paille à Sons, qui devait avoir lieu à Chartres les 5 et 6 juin prochains, ne pourra pas avoir lieu à cause de la crise sanitaire liée au COVID-19. Comment te sens-tu face à cette crise et face à cette annulation ?

La situation a été compliquée parce que nous étions dans le vague. Tout le monde avançait à tâtons. Ce que je trouve dommage, c’est qu’il y a eu des annonces assez tôt, dans lesquelles nous pouvions rentrer ou pas, selon les interprétations, mais il a été très long par la suite d’avoir un cadre d’annulation. Nous avons fait le pari d’attendre ce cadre pour officialiser l’annulation parce que l’année dernière nous avions déjà souffert d’une annulation partielle à cause de la tempête Miguel, qui nous avait contraint à annuler un jour de festival. On avait vu qu’une annulation était quelque chose de compliqué. Donc nous voulions être sûrs de bien annuler et de ne pas mettre la structure en péril sachant qu’on est tous bénévoles et amateurs et qu’il y a forcément des choses auxquelles on ne pense pas en premier lieu quand on annule. Cette méthode nous a permis de prendre notre temps, de contacter toutes les productions, les prestataires, de penser aux partenaires, aux bénévoles, à la presse… mais aussi de faire l’état des lieux financier. Le problème c’est que nous n’avons communiqué qu’un mois avant le festival et je pense qu’il y a des gens qui se demandaient sincèrement si l’événement pouvait avoir lieu, notamment parce que quand Emmanuel Macron parlait des festivals, il semblait effectuer une distinction entre les grands et les petits festivals, Edouard Philippe parlait de grandes jauges aussi. C’était le capharnaüm sur ce point précis. Mais nous avons bien été épaulés. Tous les gens avec qui nous travaillons ont été compréhensifs et disponibles. Nous étions tous dans la même situation.



> Cette crise pourrait-elle avoir un impact lourd, avec des conséquences importantes pour le futur de l’association et du festival ?

C’est un peu tôt pour s’en rendre compte. Pour l’instant nous avons l’impression que le séisme reste limité. Forcément nous perdons tous un peu financièrement. Ce qui va être plus dur à évaluer c’est la démotivation potentielle de certains membres de l’association. La situation engendre beaucoup de frustrations. Le festival est l’événement qui vient donner raison à tout le travail associatif et bénévole qui a pu être fait dans l’année. Je ne sais pas comment l’association pourra se restructurer après, si ça changera quelque chose ou si les gens auront envie de se rattraper. Mais aujourd’hui la structure ne semble pas en danger. Nous n’avions pas encore engagé trop de frais. Cependant on commence à s’interroger sur l’éventuelle crise économique et la façon de monter un budget l’année prochaine. Mais il est trop tôt pour savoir.

> De ton côté, comment imagines-tu le redémarrage une fois la crise passée ? Avec Les sons du sous-sol envisagez-vous de nouveaux projets en attendant l’édition 2021 du festival L’Paille à Sons ? Quelles sont tes ambitions pour l’association ?

C’est quitte ou double. Il y a des membres que ça va motiver d’autant plus à y aller, pour faire quelque chose de beau. Mais, dans un premier temps, chacun s’est recentré sur lui-même parce que cette période de confinement puis de déconfinement n’a pas été simple pour tout le monde. Au tout début nous avons pensé à reporter et on a finalement trouvé ça compliqué. Nous serions ravis de faire quelque chose à la fin de l’année ou pendant l’hiver pour se rattraper. Que ce soit un report partiel ou pas, en intérieur… Ce serait quelque chose que nous aimerions faire. On a l’huile de coude et la force et surtout l’envie. Mais cela dépend du contexte, il faut offrir des garanties aux organisateurs et aux festivalier.e.s. Quand est-ce que nous pourrons vraiment nous retrouver dans un endroit clos, sans être à distance les uns des autres ? Les musiques actuelles ne sont pas forcément faites pour être regardées assis, notamment dans le cadre d’un festival. Si on organise quelque chose nous ne voulons pas que ce soit au rabais. Mais on peut recentrer la question sur les petites jauges. Valentine Lambert, une artiste de Chartres (ndlr lauréate 2020 du Propul'Son 28), avait envisagé de faire des concerts chez l’habitant. C’est une idée à creuser. Les concerts que nous organisons avec l’association ou avec des ami.e.s au foyer d’accueil chartrain, ou dans d’autres lieux du même genre, vont peut-être reprendre plus facilement parce que ce sont des petites jauges et qu’il sera plus facile de faire attention. Nous sommes pressés de reprendre.

> Et pour le festival, comment s’annonce cette édition 2021 ? 2020 devait être l’année de la 6ème édition, avec une programmation alléchante : les Wampas, Arnaud Rebotini, Theo Lawrence, KO KO MO mais aussi des artistes régionaux comme GRANDE, Péroké… Pour 2021 avez-vous de nouvelles envies, de nouveaux projets, pour faire de cette édition un événement particulier ?

C’est encore un peu flou. Nous nous sommes engagés sur le principe, par bon sens et par solidarité avec les productions avec lesquelles nous travaillons à essayer de reprogrammer les artistes de l’édition 2020 à une date incertaine. Les programmations que nous faisons sont des choix encouragés par des spectacles que nous avons vus et aimés et que nous souhaitons montrer au public. C’est pour cela que faire quelque chose cet hiver nous permettrait de reprogrammer quelques artistes en conservant de la cohérence et en essayant de garder de la place pour d’autres spectacles l’été prochain. D’une certaine manière, tout reporter tel quel l’année prochaine pourrait ajouter de la frustration à la frustration, parce que nous aurons vu d’autres spectacles, nous aurons de nouvelles choses en tête et pas forcément l’envie de nous brider non plus. C’est assez compliqué de faire une programmation à plusieurs !

> Concernant votre adhésion récente à la Fraca-Ma, quelle a été la motivation pour rejoindre le réseau ?

Nous étions liés à la Fraca-Ma depuis nos débuts. La fédération avait été un de nos premiers supports en 2014, quand nous nous sommes créés. À l’époque, cela nous avait permis d’avoir un régisseur général, de programmer des groupes issus du catalogue Propul’Son, donc de fait des artistes identifiés et en développement. La logique de réseau est importante parce que c’est de l’entraide. L’an dernier lors de l’annulation à cause de la tempête Miguel nous avons pu nous appuyer sur la Fraca-Ma, alors même que nous n’étions pas adhérents. C’est une source d’information, c’est un relais. Avant nous n’avions pas forcément les moyens financiers, cette année on a fléché cette dépense parce que c’est un réel soutien et parce que nous avons à coeur de représenter le 28, de faire entendre sa voix et de faire découvrir ses spécificités. C’est aussi l’occasion de mieux découvrir les acteurs du département, que nous connaissons un peu et également de rencontrer les adhérents. Nous sommes par ailleurs pressés d’avoir un de ces temps en commun.


> Pour toi, quel serait le post-covid idéal (lâche-toi, même les idées les plus farfelues sont les bienvenues !) ?

Les festivals de cet été vont me manquer. J’aimerais bien revivre des événements dehors au soleil, avec plein de gens partout. Et à titre personnel, j’aimerais pouvoir jouer au volley dans un parc sans que personne ne demande à désinfecter le ballon à chaque passe. Cependant, il y a une chose que je trouve bien à cette crise, c’est le fait que les gens fassent davantage attention à autrui, en s’inquiétant du fait que ça aille bien. Si ça peut permettre de voir un peu plus de solidarité et que chacun.e pense à chacun.e c’est une bonne chose. Ce serait un premier bon enseignement.

 

La playlist du moment de Léo Brou, président de l'association Les sons du sous sol

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